La France Agricole: Pourquoi la mortalité des abeilles perdure en France malgré l'interdiction sur maïs et tournesol des matières actives les plus incriminées par les apiculteurs, à savoir l'imidaclopride et le fipronil?

Michel Aubert: Si dans des situations bien identifiées, les insecticides ont une responsabilité certaine, ils sont loin d'être la seule cause des pertes d'abeilles. Dès le début de l'affaire Gaucho, toutes les expériences de terrain, dont certaines ont été conduites avec des apiculteurs, n'ont révélé aucun impact du traitement du tournesol à l'imidaclopride (1) que ce soit sur la survie des colonies ou la production de miel. Nous-mêmes avons observé qu'il n'y avait pas plus de mortalité chez des colonies nourries expérimentalement avec un sirop additionné d'imidaclopride aux concentrations maximales susceptibles d'être trouvées sur le terrain que chez des colonies témoins. Aujourd'hui, tout un faisceau de preuves conduit à dire que l'imidaclopride a été une fausse piste.

F.A: Des chercheurs espagnols ont identifié un nouveau parasite des abeilles, le Nosema ceranae. Ce protozoaire sévit-il en France?

M.A: Il y a déjà plusieurs années, Jean-Paul Faucon, chef de l'unité de pathologie de l'abeille à l'Afssa, décrivait en France des nosémoses qu'il qualifiait de «sèches». On sait aujourd'hui qu'elles sont caractéristiques d'une infestation par Nosema ceranae. Nous avons effectivement identifié ce parasite en France dans plusieurs ruchers par des méthodes de biologie moléculaire, mais nous n'avons pas encore évalué son impact. On sait qu'en Espagne comme aux Etats-Unis, cet impact est jugé important.

F.A: Les Etats-Unis penchent davantage sur la piste du virus IAPV (Israeli acute paralysis virus) pour expliquer le syndrome d'effondrement des colonies d'abeilles. Qu'en est-il en France?

M.A: Il n'est pas encore certain que l'IAPV soit responsable de ce syndrome aux Etats-Unis. Si c'est le cas, il n'en est pas le seul responsable. L'IAPV est également présent en France mais s'agit-il de la souche israélienne? Quoi qu'il en soit, nous pressentions le rôle que pourrait jouer ce virus et avions proposé un programme de recherches ciblé sur celui-ci. Malheureusement, ce projet a été rejeté et ne pourra donc pas bénéficier des financements européens gérés par les représentants de la filière apicole. Curieusement, en France, les agents pathogènes sont jugés sans importance pour l'abeille. Le réveil pourrait être dramatique.

(1) Michel Aubert n'a mené des travaux que sur l'imidaclopride et ne se prononce donc pas sur l'impact du fipronil sur les colonies d'abeilles.

Propos recueillis par Rémy Serai