Stéphane, permanent syndical, a acheté un melon. Nicole, adhérente d’un supermarché coopératif, a pris des salades. Ils assurent être solidaires des producteurs en difficulté. En quelques heures ce jeudi, Parisiens et Franciliens ont raflé 20 tonnes de prunes, tomates, pommes de terre, melons, oignons et salades lors d’une vente directe organisée par le Modef au beau milieu de la place de la République à Paris.

Vente directe aux consommateurs de l’Île-de-France

Ces fruits et légumes, vendus « au juste prix » directement par les producteurs, avaient été acheminés par camion dans la nuit du Lot-et-Garonne et de l’Hérault, pour une vente de solidarité avec les paysans, à l’initiative du Modef et d’élus du PCF. Sur la place, Christian Reynaud, éleveur de moutons, producteur de pommes de terre dans les Hautes-Alpes et militant au Modef, est venu à la rencontre des clients. « Depuis cette année, nous avons la loi EGAlim, censée aider les producteurs et mieux répartir la marge avec la grande distribution, mais jusqu’à présent, le résultat a été une augmentation des prix pour les consommateurs et une baisse du prix moyen qui revient au producteur. » Soit l’inverse du but affiché, au grand dam de certains producteurs en difficulté qui n’arrivent pas à couvrir leurs coûts de production.

Agriculteurs « essorés »

Le large sourire de Christian Reynaud se fige quelque peu. « J’ai bien vu que même les gens qui viennent acheter aujourd’hui ont des cabas de supermarché. Le système est pervers. Nous, les producteurs, sommes essorés par la grande distribution. Il faut que les gens le comprennent. »

La vente, peu médiatisée à l’avance, reçoit surtout des clients engagés. Comme Hakim Arabdiou, fonctionnaire, qui aimerait bien avoir un marché de producteurs près de chez lui et se dit « contraint » d’aller « très souvent au Monoprix ». Ou encore Tatiana Civet, qui milite contre la déforestation au Brésil.

Les trop grosses marges des grandes surfaces

Pierre Thomas, président du Modef, dénonce « les marges des grandes surfaces et de l’industrie agroalimentaire sur les fruits et légumes, en particulier sur le bio ». À son appui, une étude publiée opportunément ce jeudi matin par l’association de consommateurs UFC-Que Choisir dénonce des « surmarges » sur les fruits et légumes bio dans la grande distribution, qui « matraque les consommateurs ». Pierre Thomas s’insurge aussi contre les accords commerciaux internationaux du type Ceta entre l’Union européenne (UE) et le Canada ou le Mercosur qui « dérèglent », selon lui, les marchés alimentaires et la production.

« Arrêter d’importer des poires d’Afrique du Sud »

« Il faut arriver à retrouver une consommation qui tienne compte des saisons, et que chaque pays produise ce qu’il peut produire », plaide-t-il. Il reconnaît certes qu’il y aura toujours du commerce et de l’importation pour le café ou les bananes qu’on ne peut pas produire en France. « Mais il faut arrêter l’aberration d’importer des poires d’Afrique du Sud, produites avec des produits chimiques pas autorisés avec France. Ce n’est bon ni pour les producteurs sur place qui sont obligés de s’industrialiser pour répondre à la demande des supermarchés, ni pour les producteurs ici qui subissent une concurrence déloyale, ni pour le climat avec l’effet du transport », poursuit le syndicaliste.

Nicole, habitante du 18e arrondissement venue à République « par solidarité », se dit consciente des contradictions des consommateurs face à la mondialisation alimentaire. Dans le supermarché associatif dont elle est adhérente, elle regrette que « beaucoup de produits bio viennent de l’Espagne et de l’Italie ». Son sac portant le logo d’une très grande surface est prestement caché dans la poche du vélo : « Je n’y vais jamais en principe, sauf cet été, car j’ai eu 20 personnes à nourrir d’un coup. »

AFP