À l’intérieur d’une ruche, la température doit être maintenue autour de 34 à 35°C, les abeilles réchauffant l’intérieur en se regroupant ou ventilant pour aérer, explique l’apiculteur installé à Cournonsec (Hérault). Mais alors que la température la plus élevée de l’histoire en France a été relevée le 28 juin dans l’Hérault, avec 46 degrés, dans certaines ruches en bois restées au soleil, les abeilles n’ont pas pu contrôler la température.

La cire a fondu

« Il faisait tellement chaud dehors que les abeilles n’ont pas réussi à ventiler dans les ruches, souligne-t-il. À ce moment-là, alors que sur un cadre, le miel est positionné en haut, autour du couvain, la cire a fondu, ça s’est affaissé en écrasant les larves et en entraînant vers le bas les abeilles et la reine. La cire a bouché les sorties si bien que les abeilles et reines sont mortes engluées et piégées à l’intérieur. »

Ce phénomène a été, selon lui, « très localisé dans l’Hérault et le Gard », mais a touché plusieurs dizaines d’apiculteurs et des centaines de milliers d’abeilles. L’extrême chaleur a aussi empêché une floraison et une ponte des reines normales si bien que les générations d’abeilles ne se sont pas renouvelées. Sachant qu’une abeille sur les mois d’été vit de 50 à 60 jours, cela a encore amputé les récoltes, particulièrement de miels de garrigue, thym et romarin.

150 kg par ruche

« Une année normale, on fait à peu près deux tonnes de miel de garrigue sur les différents ruchers que l’on a. Cette année, on a fait 150 kg », résume Christian Pons. Afin de lutter contre la canicule puis la sécheresse qui a perduré depuis, l’apiculteur, qui fait également de l’élevage, a « fait des transhumances vers les hauts cantons ou en montagne ».

Il envisage également d’isoler davantage les ruches, de les mettre à l’ombre et de peindre les toits en blanc, sans se faire beaucoup d’illusion sur l’efficacité de ces mesures si les canicules se multiplient et s’intensifient. Les pertes d’abeilles liées aux aléas du climat s’ajoutent aux effets des pesticides avec 30 % du cheptel détruit chaque année et aux ravages du frelon asiatique, souligne-t-il.

« J’ai arrosé les toits »

Muriel Pascal, apicultrice en Lozère et dans le Gard depuis 11 ans, a « évité de peu la catastrophe » à la fin de juin. « Je suis descendue en urgence de la Lozère parce que j’avais des petites ruchettes avec des toits tôlés à Saint-Ambroix (Gard) », raconte-t-elle. « J’ai arrosé les toits et mis des cartons pour que le soleil ne tape pas dessus directement, sinon tout aurait fondu et les abeilles seraient mortes. »

En avril et mai, un printemps frais, sans fleur et sans nectar, l’a obligée à nourrir ses abeilles pendant deux mois : « C’est inédit et ça nous a épuisés », commente celle qui est aussi porte-parole de la Confédération paysanne. Mais sans les apiculteurs, « peu d’abeilles auraient survécu », estime-t-elle.

« Les miellées largement écourtées »

Avec la canicule, « les miellées ont été largement écourtées », souligne Muriel Pascal, qui cite notamment celle de châtaignier, qui a duré moins de 15 jours au lieu d’un mois. « Les abeilles sont dans un état critique depuis le printemps. Et on finit avec une baisse de production de 50 à 80 % selon les apiculteurs », assure Muriel Pascal, qui a 300 ruches et doit continuer à nourrir ses colonies.

Des indemnisations au titre des calamités agricoles pour les apiculteurs, et plus particulièrement pour les jeunes, ont été demandées. « En 11 ans, je vois que l’accélération des effets du changement climatique est énorme, assure Muriel Pascal. Quand j’ai commencé, les parcours de transhumance étaient réglés comme du papier à musique alors que maintenant on ne sait plus où mettre nos ruches. »

AFP