C'est plutôt confiante que la délégation composée de Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne, Michel Kfoury, président de l'association locale Novissen, et Me Frison, leur avocat, est sortie d'un rendez-vous avec le ministre de l'Ecologie consacré à la « ferme des 1.000 vaches », le 30 janvier 2014. « Philippe Martin nous a confirmé que ce n'est pas un projet qu'il soutient », a indiqué Laurent Pinatel.

« Il est contre ce projet, mais nous sommes dans un Etat de droit, il y a des lois à respecter », a-t-il insisté. Ce qui vaut dans un sens comme dans l'autre : si M. Ramery est dans les clous, il n'y a pas lieu d'interdire le projet. La Confédération paysanne et Novissen ont toutefois bon espoir que les irrégularités relevées dans le chantier le fasse échouer. C'est ce qu'il ressortait de leur entretien de la semaine dernière avec le cabinet de Cécile Duflot. La justice est saisie du dossier. « Nous avons une audience dans 15 jours », a indiqué Me Frison. Une audience arrachée à force de persévérance : « La préfecture a mis plus de 8 mois pour nous transmettre le dossier », dénonce l'avocat.

Après le volet de l'urbanisme, c'est au volet de la méthanisation que s'est attaquée la Confédération paysanne. « Nous avons demandé un moratoire sur toutes les autorisations d'exploiter des unités de méthanisation, tant qu'il n'y aura pas eu de grand débat pour définir un cadre pour la méthanisation », a annoncé le porte-parole de la Confédération paysanne. « Le ministre a été surpris par notre demande et ne nous a pas encore donné de réponse. » Il risque de ne pas être le seul surpris : au même moment, le ministère de l'Agriculture se fendait d'un communiqué pour « saluer la dynamique engagée pour le développement de la méthanisation agricole » et Stéphane le Foll rappelait son objectif « d'atteindre 1.000 méthaniseurs agricoles d'ici à 2020 ».

La méthanisation doit valoriser « des déchets agricoles essentiellement »

« Nous ne sommes pas du tout contre la méthanisation, précise Laurent Pinatel. Bien sûr qu'elle peut être une très bonne chose, notamment pour valoriser des déchets agricoles, mais il faut la cadrer. Ce que nous refusons, ce sont les dérives. » La Confédération paysanne réclame ainsi que les méthaniseurs valorisent « des déchets agricoles essentiellement », que la dimension des projets soit limitée, et que « ce ne soit pas un complément de revenu qui soit un prétexte pour baisser les prix agricoles ».

Car ce que dénonce, entre autres, le syndicat, c'est que le lait de la ferme des 1.000 vaches ne sera qu'un « sous-produit » de la méthanisation. Selon Me Frison, l'activité de traitement de déchets, qui bénéficiera de subventions à l'investissement, d'une fiscalité agricole avantageuse, d'une rémunération pour le traitement des déchets et de tarifs de rachat d'électricité avantageux (le tout sur des deniers publics), sera la principale source de revenus. Il en résulte que le lait pourra être « bradé », donnant un mauvais signal à toute la filière, redoute Laurent Pinatel.

Après la ministre du Logement et le ministre de l'Ecologie, la Confédération paysanne et Novissen prévoient de poursuivre leur opération poliorcétique (1) en consacrant à ce dossier un rendez-vous avec leur ministre de tutelle. Stéphane Le Foll n'a pas encore répondu à leur demande. Mais la Confédération paysanne a bon espoir : « Au début, personne dans le gouvernement ne se prononçait contre ce projet, maintenant, ils sont en train de lâcher les uns après les autres, observe Laurent Pinatel. De toutes façons, nous, on ne lâchera pas ! »

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(1) poliorcétique : l'art d'assiéger une ville.

B.L.