Le passage à l'« agroécologie », volonté affichée du projet de loi d'avenir pour l'agriculture, a provoqué de vifs débats mercredi soir à l'Assemblée nationale, la droite y voyant la fin du métier d'agriculteur comme producteur.

L'agroécologie, qui ne se limite pas au bio, a été définie dans ce projet de loi comme un « système de production privilégiant l'autonomie des exploitations agricoles et l'amélioration de leur compétitivité en diminuant la consommation d'énergie, d'eau, d'engrais, de produits phytopharmaceutiques et de médicaments vétérinaires ».

A l'occasion de l'examen en première lecture de ce texte, dans un hémicycle relativement garni pour une séance de nuit, la droite a vivement contesté cette définition, tout comme un amendement écologique introduisant « la conversion à une agriculture biologique » comme l'une des finalités de la politique agricole.

Député de l'Aube, Nicolas Dhuicq (UMP), n'a pas hésité à parler d'un « amendement profondément réactionnaire » qui veut « retourner à un système d'exploitation postnéolithique » et à « l'âge d'or idéal d'avant l'apparition de la chimie ».

Plusieurs députés de l'opposition ont accusé la majorité de vouloir « hiérarchiser les différentes formes d'agriculture » ou de « vouloir changer le métier d'agriculteur » en renonçant à en faire « un producteur » pour faire de l'agriculture « une activité occupationnelle, ludique ».

Il faut « davantage d'intensification » (Christian Jacob)

« Il ne faut pas s'enfermer dans un modèle », a plaidé Christian Jacob. Le chef de file des députés de l'UMP, ancien président du Centre national des jeunes agriculteurs (CNJA), a ainsi souhaité « qu'on puisse reprendre la recherche sur les OGM en plein champ car le blocage de la recherche a permis à Monsanto d'avoir une situation de monopole ». Il faut même « davantage d'intensification » de la production, a assuré M. Jacob, reprochant au gouvernement de définir « la compétitivité uniquement à l'aune de la protection de l'environnement », sans prendre en compte la concurrence internationale.

« La surface du bio en France, c'est 3 %, ça ne va pas menacer les autres formes d'agriculture », a relativisé le rapporteur de la loi d'avenir, le socialiste Germinal Peiro.

Quant à l'agroécologie, « il s'agit d'intégrer la dimension écologique comme un élément de compétitivité », a plaidé le ministre de l'Agriculture, Stéphane Le Foll. Dans ce cadre, les députés doivent notamment voter la création du groupement d'intérêt économique et environnemental (GIEE), qui va permettre à des agriculteurs se regroupant pour des projets d'agroécologie de bénéficier d'aides de manière préférentielle ou majorée.

L'objectif des GIEE est de soutenir « les agriculteurs s'engageant collectivement à mettre en oeuvre un projet pluriannuel de modification durable de leurs pratiques en visant la double performance économique et environnementale ». Stéphane Le Foll a précisé que « 103 projets » de GIEE ont déjà été déposés, concernant « plus de 3.500 agriculteurs et 150 à 200.000 hectares ».

Les députés n'avaient achevé mercredi soir que l'examen du premier des 39 articles du projet de loi. Les débats reprendront jeudi matin avant un vote prévu le 14 janvier.

En dehors de l'agroécologie, ce texte souhaite aussi redonner du souffle aux filières d'élevage. Car si certains secteurs, comme les vins et spiritueux, ou les céréales, sont de grands exportateurs, les secteurs de la viande peinent à s'imposer face à la concurrence des productions allemandes notamment.

Pour doper ces secteurs, la loi va tenter de redonner un peu de poids aux producteurs face à la grande distribution qui mine les marges et tire les prix vers le bas. Ainsi, le rôle d'un médiateur des relations commerciales agricoles sera inscrit dans la loi afin qu'il puisse « favoriser » une meilleure application des contrats, comme ce fut le cas l'hiver dernier sur le prix du lait.