Une pleine page dans Le Figaro du 12 juin 2018, pour une publicité pas comme les autres : « c’est confirmé, une augmentation de 10 % des prix coûtera plus de 1,7 milliard d’euros aux Français sans bénéficier aux agriculteurs ».

« Fake news »

Le message est signé Leclerc et constitue une nouvelle charge du distributeur contre le projet de loi Alimentation actuellement en discussion au Parlement. En particulier contre la mesure visant à relever de 10 % le seuil de revente à perte (SRP), afin de rééquilibrer les marges des distributeurs, selon les vœux du ministère de l’Agriculture.

Ce dernier n’a pas tardé à réagir à la provocation, en publiant dès le lendemain une version corrigée, raturée et commentée telle une mauvaise copie de bac. Avec cette mention d’actualité, crayonnée en rouge au travers de la pleine page : « Fake news ! »

Le ministère rappelle que cette mesure devrait concerner « uniquement les produits à prix cassés, soit 6,6 % des produits alimentaires », et que le rééquilibrage des marges espéré « devrait se faire sans modifier le prix du panier ».

En marge d’une interview accordée à La France Agricole en mai dernier, Michel-Edouard Leclerc remettait en cause l’opportunité de ce dispositif, soulignant que rien ne garantissait que les producteurs puissent bénéficier des éventuels efforts des distributeurs. « C’est évident qu’ils n’en verront aucun profit, soutenait-il, c’est de l’enfumage total. Aucun industriel ne s’est engagé à répercuter les hausses pour les agriculteurs. Ils ne s’y engagent d’autant moins qu’ils s’approvisionnent aussi à l’étranger et n’ont pas de comptabilité distincte connue ».

Pour l’heure, le gouvernement continue de miser sur la bonne volonté des uns et des autres. La bataille de communication ne fait que commencer.

Alain Cardinaux