Neuf agriculteurs et propriétaires de la Manche, en conflit avec RTE, ont créé un collectif. Outre les indemnisations, ils dénoncent les pratiques de la filiale d'EDF.

« Depuis vingt ans, on nous fait croire que les lignes à haute tension ne posent pas de problème dans les élevages. Nous voulons défendre nos droits et notre outil de travail », explique Corinne Harel, à la tête du collectif qui regroupe sept agriculteurs et deux propriétaires. Tous ont entamé une action judiciaire contre RTE (Réseau de transport d'électricité, filiale d'EDF) sur l'implantation de la future ligne Cotentin-Maine ou sur les effets indésirables de la ligne existante. Par la voie de leur avocat, Me Gervais Marie-Doutressoule, ils demandent également que RTE tienne compte de la nature des sols sur lesquels sont implantées les lignes : « Des experts étrangers ont montré que les problèmes s'accentuent sur les zones de faille sous lesquelles circule de l'eau qui conduit facilement l'électricité. »

Outre les indemnités pour compenser leur perte de revenu et le déménagement de leur exploitation, les membres du collectif dénoncent les pressions et les intimidations de RTE, qualifié de « rouleau compresseur ». Le 17 septembre, sur l'exploitation de Thierry Charuel, à Isigny-le-Buat, des agriculteurs sont venus de la Drôme, des Côtes-d'Armor, de l'Ille-et-Vilaine et du Nord pour témoigner de l'attitude de l'entreprise à leur égard. Certains ont dû supporter vingt-cinq ans de procédure judiciaire !

Dans la Manche, une première victoire a été obtenue par Yves Larsonneur. Celui-ci avait été mis en garde à vue, le 31 juillet, pendant que les engins de chantier implantaient deux pylônes sur ses parcelles. Le 13 septembre, le juge des référés de Coutances a estimé que « RTE a commis une voie de fait en n'ayant pas obtenu un arrêté préfectoral d'occupation temporaire de la propriété et en entrant sans avoir obtenu l'accord préalable des propriétaires et, à défaut, l'autorisation d'un juge ». L'entreprise doit quitter les lieux et arrêter les travaux sous peine d'une astreinte de cinq mille euros par jour de retard. Quant à Martine Leroy, l'agricultrice du Chefresne qui s'oppose à la construction d'un pylône, elle est toujours juchée sur son tracteur.

Lire également :

J.-C.B.