Le Brésil s’est rapidement félicité de cet accord qualifié d’« historique » dans un communiqué. Puis l’Argentine a évoqué un accord « sans précédent ». Un peu plus tard, le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, s’est également réjoui : « Je mesure mes paroles avec soin quand je dis que c’est un moment historique. Au milieu des tensions commerciales internationales, nous envoyons aujourd’hui un signal fort avec nos partenaires du Mercosur. »

Un dernier accord pour une Commission sur le départ

Les négociateurs européens et sud-américains étaient entrés mercredi soir à Bruxelles dans la toute dernière ligne droite des discussions, avec l’objectif de s’entendre enfin sur cet accord, dans un contexte mondial déstabilisé par la politique commerciale offensive du président américain, Donald Trump. L’annonce de l’accord est intervenue au moment où les dirigeants des plus puissantes économies du monde sont réunis au Japon, pour un sommet du G20.

Cet accord est un des plus vastes jamais conclu par l’Union européenne. Il concerne plus de 770 millions de consommateurs et 18 000 milliards d’euros de PIB. Il inquiète les agriculteurs européens, qui craignent une concurrence déloyale, ainsi que des ONG, préoccupées par ses conséquences pour le climat. De sources concordantes, les Européens attendaient des avancées en matière d’indications géographiques protégées et surtout dans le secteur automobile.

Le Mercosur a défendu son agriculture

À l’inverse, les Sud-Américains espéraient un plus grand accès au marché européen pour leur production agricole, en particulier leur bœuf. Les agriculteurs européens n’ont cessé de protester ces derniers mois contre l’accord dans certains États membres. La semaine passée, Emmanuel Macron et ses homologues irlandais, polonais et belge ont exprimé leur « profonde préoccupation » sur les conséquences de cet accord sur leur agriculture.

Le président français a même prévenu lors de l’ouverture du sommet du G20 à Osaka, que « si le Brésil quittait l’accord de Paris, nous, on ne pourrait pas signer des accords de commerce avec lui ». La filière bovine française se battait depuis longtemps contre cet accord. La Fédération nationale bovine n’en voulait pas. Et la Coordination rurale alertait aussi sur les risques pour l’élevage européen de ces discussions.

Les craintes des agriculteurs français

Du côté de l’élevage toujours, l’Association européenne des industriels de la viande de volaille estimait que le secteur avicole serait sacrifié en cas d’accord. Une semaine plus tôt, c’est l’interprofession française qui se sentait « bafouée » par la possible signature. Quant à l’AIBS, Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre, elle demandait que « le droit de douane qui sera fixé pour les contingents Mercosur reste inchangé à 98 €/t pour le sucre ».

Lors de la conférence de presse qui a suivi les négociations, Phil Hogan, le commissaire a l’Agriculture, a assuré que cet « accord est juste et équilibré et offrait des opportunités aux deux parties, y compris les agriculteurs européens ». Et d’ajouter que « l’accord présente également certains défis pour les agriculteurs européens et la Commission européenne sera disponible pour aider les agriculteurs à relever ces défis ».

« Un accord gagnant-gagnant » pour Phil Hogan

« Pour que cet accord soit gagnant-gagnant, nous ne nous ouvrirons qu’aux produits agricoles du Mercosur avec des quotas bien gérés qui garantiront qu’aucun produit ne risque d’inonder le marché de l’Union européenne », a ajouté le commissaire européen. Dans son communiqué, Bruxelles souligne un accès sans droit de douane pour un contingent de produits laitiers, et la mise en place d’une protection de 357 indications géographiques européennes par le Mercosur.

Avant la conclusion des négociations, un groupe de pays – Allemagne, Pays-Bas, Espagne, République tchèque, Portugal, Lettonie et Suède – ont exhorté Bruxelles à conclure cet « accord historique ». L’accord a aussi été attaqué récemment dans une lettre ouverte par 340 ONG européennes et sud-américaines, dont Greenpeace ou Friends of the Earth, sur deux autres fronts : l’environnement et les droits de l’Homme.

Ces organisations condamnent « la détérioration des droits humains et de la situation écologique au Brésil » depuis l’investiture en janvier du président brésilien, Jair Bolsonaro. Le compromis négocié doit maintenant être approuvé par les 28 États membres. Si tel est le cas, le texte devra ensuite être validé par le Parlement européen. L’Union européenne et le Mercosur ont échangé en 2018 pour près de 88 milliards d’euros de marchandises.

Avec l’AFP