« Et toi tu arrives avec tes gros sabots installer une grosse verrue dans le paysage. Un poulailler industriel polluant qui n’a rien à faire au sein d’une station balnéaire. » Cette lettre insultante est arrivée au début de septembre dans la boîte aux lettres de Guillaume Le Bian, un jeune homme souhaitant installer un nouvel atelier de volailles de plein air sur les terres de sa famille à Carantec (Finistère), anciennement...
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« Et toi tu arrives avec tes gros sabots installer une grosse verrue dans le paysage. Un poulailler industriel polluant qui n’a rien à faire au sein d’une station balnéaire. » Cette lettre insultante est arrivée au début de septembre dans la boîte aux lettres de Guillaume Le Bian, un jeune homme souhaitant installer un nouvel atelier de volailles de plein air sur les terres de sa famille à Carantec (Finistère), anciennement affectées au maraîchage.

Le projet rencontre depuis quelques mois l’opposition d’un groupe d’habitants, à tel point qu’un événement avait été organisé par la chambre d’agriculture cet été pour soutenir l’exploitant. Le projet n’a pourtant rien d’exceptionnel, selon les représentants agricoles. « 30 000 pondeuses, 12 hectares, rappelle François Kerscaven, président dans le canton de Taulé de la FDSEA, c’est ce qu’il faut pour un jeune pour vivre dans la région. »

« C’est pas certain que tes ancêtres seraient fiers de ce que tu fais », dénonce la lettre. Loin de se laisser aussi facilement blesser, l’exploitant l’a gardée dans un premier temps pour lui, avec le soutien des élus agricoles du canton. « Nous ne voulions pas enflammer le débat », confie François Kerscaven.

Échec d’une médiation

Le 22 octobre dernier, les porteurs du projet ont eu rendez-vous avec leurs opposants en sous-préfecture, pour une réunion de médiation. Là, ils proposent un talus et des plantations, pour masquer le hangar aux regards des promeneurs du littoral, l’une des craintes des détracteurs. Ces derniers, cependant, restent sur leur position. « Ils répètent qu’ils ne sont pas contre les agriculteurs, mais qu’ils sont seulement contre le projet », rapporte François Kerscaven.

Pour la trentaine d’habitants qui refusent les volailles à Carantec il s’agirait ainsi de déplacer le projet ailleurs, dans la zone des monts d’Arrée par exemple, à quarante kilomètres de là. À l’issue de la réunion, les exploitants décident donc de publier la lettre anonyme, qui, par les expressions employées, donne la mesure de la violence de cette crise.

Je pense qu’avec le temps tu vas passer par des moments de déprime puis de dépression et pour finir tu vas penser peut-être au suicideLettre anonyme envoyée à Guillaume, jeune agriculteur à Carantec (Finistère)

Avant même la médiation, les opposants avaient déjà envenimé le conflit en distribuant des tracts et en affichant des banderoles durant tout l’été sur le marché contre ce projet, déguisés en poules. Pour François Kerscaven, ce n’est pas aux touristes qu’il appartient de se prononcer. « Les gens qui ont fait leur carrière là, souligne-t-il, soutiennent le projet. »

Sur ce point, les agriculteurs sont en désaccord avec l’auteur de la lettre, pour qui « c’est déjà le tiers de la population de Carantec, soit 1 000 personnes qui ont signé une pétition pour s’opposer à votre poulailler. »

Abus de recours

À ce jour, l’éleveur a reçu l’autorisation de la commission départementale des sites, perspectives et paysages du Finistère. Consultée par cette même commission, l’association Bretagne vivante, qui travaille sur les enjeux de protection de l’environnement à l’échelle régionale, n’a pas trouvé non plus à redire.

Les opposants ont déposé, le 13 juillet dernier, un recours amiable en mairie contre le permis de construire. Les élus de Carantec avaient jusqu’au 13 octobre pour donner suite à ce recours, mais ils n’en ont rien fait, soutenant de facto le projet d’installation de Guillaume. « Le problème aujourd’hui, dénonce François Kerscaven, c’est qu’on fait des recours pour tout, le moindre arbre, le moindre mur. »

La solution pour éviter les conflits de voisinage, selon le président de la section cantonnale de la FDSEA ? « Il faudrait que la loi impose à toute personne effectuant un recours de déposer une caution, de l’ordre de 10 % par exemple. Si le recours est abusif, la caution pourrait être alors prélevée pour accompagner le projet. »

Où est le corbeau ?

Pour le moment, l’auteur de la lettre n’a pas été identifié, mais le procureur de la République a été saisi. « Les opposants se servent de l’environnement, des odeurs, des nuisances, s’indigne François Kerscaven, mais ils ont surtout peur que leurs biens immobiliers se déprécient. » Écrite ou non par l’un des membres du collectif d’opposants, la lettre vient tout de même alimenter la stratégie visant à ralentir la procédure afin de décourager l’exploitant.

« Aujourd’hui c’est ce projet, dénonce François Kerscaven, mais demain ça sera ailleurs. » Les conflits de voisinage dans la région ont déjà conduit à repousser la construction de la Sica de Saint-Pol-de-Léon de sept ans. « Il y a un autre dossier compliqué, poursuit-il, autour de l’installation d’une jeune femme en maraîchage biologique. » Les opposants, dans ce cas, demandent de réduire la taille du hangar de stockage prévu pour 800 m² à 80 m².

Seul aspect positif de cette controverse, les exploitants du canton sont plus soudés que jamais. « C’est un jeune, explique François Kerscaven, avec un projet d’installation bien ficelé. C’est lui qui représente l’avenir. »

Ivan Logvenoff