Les différents acteurs de la table-ronde sur la plateformisation de l’agriculture, organisée par Saf agr’iDées le mardi 2 février 2015, étaient d’accord sur ce point : l’ubérisation de la société va toucher le monde agricole. Les acteurs du secteur se demandent aujourd’hui quels seront les maillons de la filière qui seront le plus touchés et révolutionnés par ce nouveau modèle économique.

En préambule du débat, Pierre-Eric Leibovici, cofondateur du fonds d’investissement Daphni, a rappelé le fonctionnement des plateformes qui permettent à tous les acteurs d’interagir entre eux et où le consommateur devient fournisseur et inversement. Il met ce nouveau modèle économique en opposition avec le système classique linéaire fournisseur-distributeur-consommateur.

La ruche qui dit oui, Miimosa et WeFarmUp

Si les taxis sont confrontés à Uber, l’hôtellerie à Airbnb et le commerce à Amazon, le secteur agricole n’a pas encore vu l’émergence de poids lourds du domaine. La ruche qui dit oui, représentée à la table-ronde par François Chay, peut être citée comme une première réussite. Positionnée à l’aval des agriculteurs, elle permet la mise en relation du producteur et du consommateur par sa plateforme web. Elle rassemble aujourd’hui 4 000 fournisseurs et plus de 100 000 consommateurs réguliers.

D’autres startups se distinguent plus récemment dans la sphère agricole. Miimosa, dont la notoriété commence à monter et qui approche du million d’euros collectés sur un an, propose une plateforme de financement participatif affecté uniquement au projet agricole.

Le dernier arrivé est, lui, réservé au machinisme. WeFarmUp est une plateforme de location de matériel agricole entre exploitants. L’un de ses fondateurs, Jean-Paul Hébrard, qui participait à la table-ronde, annonce, à ce jour, 500 comptes clients créés et 400 matériels en location. Pour lui, l’objectif est de passer à une zone géographique supérieure à celle des Cuma.

Si ces trois acteurs ont encore un poids économique moyen, Kevin Camphuis, fondateur de ShakeUpFactory, prévient que le décollage sur un modèle exponentiel peut être rapide. Il prend l’exemple de BlaBlaCar, le spécialiste du covoiturage, qui, en dix ans, a révolutionné le secteur du transport.

Un nouveau type de coopération

Le débat entre la salle et les intervenants a tourné autour de l’aspect coopératif de ces plateformes en plein essor et de leurs similitudes avec les caractéristiques des coopératives agricoles. Les invités de la table-ronde ont bien insisté sur les différences, notamment en ce qui concerne les « droits et devoirs » entre les adhérents à une coopérative agricole et les participants à une plateforme de cofarming.

De leur côté, les grandes entreprises du secteur agricole ne semblent pas inquiètes. Le Crédit agricole pousse même au développement de ces startups via sa pépinière, le Village by CA. Les entrepreneurs de travaux agricoles, qui s’étaient exprimés le même jour, se disent peu inquiets face à des plateformes types WeFarmUp qui n’ont pas la même capacité de réaction en cas d’urgence.

Alain Savary, le directeur d’Axema, le syndicat des constructeurs d’agroéquipements, a conclu ce débat en qualifiant l’apparition des plateformes « d’évolution naturelle et logique », sans se montrer, lui non plus, inquiet pour son secteur face à ce phénomène.

Tanguy DhelinRédacteur