« À Troyes, tous les premiers vendredis du mois, des militants anti-pesticides du mouvement « Nous voulons des coquelicots » sont présents devant l’Hôtel de Ville. Ils font signer des pétitions. Je suis agriculteur et conseiller agricole à temps partiel, et j’ai proposé à des collègues exploitants d’aller les rencontrer. Nous leur avons demandé ce qu’ils défendaient, quelles étaient leurs revendications, et le débat s’est amorcé.

Grosse différence entre la violence sur les réseaux sociaux et sur le terrain

Ils ont été assez accessibles : on constate une grosse différence entre la violence sur les réseaux sociaux et sur le terrain. Le groupe est composé essentiellement de retraités, dont d’anciens enseignants. Ils sont engagés, mais on peut échanger. Certains étaient au courant des pratiques agricoles, d’autres moins. C’est peut-être lié au fait que Troyes est une petite ville, encore proche du monde rural. Je me suis présenté comme agriculteur. Au début, j’entendais des discours comme « arrêtez les pesticides, vous nous empoisonnez », et au fil de la discussion, « on fait aussi cela pour vous, vous êtes en première ligne ».

J’ai gardé mon sang-froid, et j’ai expliqué, même si cela prend du temps.Florent, agriculteur

J’ai gardé mon sang-froid, et j’ai expliqué, même si cela prend du temps. Je ne leur en veux pas : les informations dont ils disposent viennent de médias généralistes. Nous sommes là pour rétablir la vérité. Après, ce sont des militants, ils ne changeront pas d’avis, mais ils peuvent nuancer leur propos. Et de par leur ancrage, ce sont de potentiels relais pour nous. Ils apprécient que nous soyons très diplomates.

Invitation aux Moissons

Je suis allé à leur approche plusieurs vendredis, avec des collègues, ou seul. Je leur ai suggéré de venir faire la moisson en adressant un mail au responsable du mouvement et leur ai donné le contact de quatre cultivateurs prêts à les accueillir. Il m’a dit qu’il transférait l’invitation à tous les membres.

À mon sens, c’est important d’être sur le terrain. En tant qu’agriculteur, nous n’avons pas forcément l’occasion de discuter avec le grand public. C’est complémentaire de notre combat sur les réseaux sociaux. Il y a un ras-le-bol dans la profession, nous nous sentons oppressés tous les jours. Si nous ne faisons rien, le mouvement peut prendre de l’ampleur, et causer encore plus de dégâts. Nous sommes coupables de ne pas communiquer. Je suis content quand je repars d’une discussion avec les militants, car j’estime que c’est un temps nécessaire. »

Propos recueillis par Louise Cottineau