Les Français donnent une note de 7,6 sur 10 à l’agriculture française. Ils ont une meilleure opinion de l’agriculture que les agriculteurs eux-mêmes, selon un nouveau sondage de BVA. Mais hélas ! selon cette étude qui a été présentée lors d’une conférence initiée par Farre, les Français connaissent mal le métier d’agriculteur.

Certes, le grand public a le sentiment à 54 % qu’il le connaît bien. Mais interrogés en détail sur le monde animal et végétal, ils avouent mal comprendre les méthodes de production appliquées. « Leur vison navigue entre l’agriculture idéalisée de leur enfance et une agriculture qualifiée avec soupçon d’agro-industrie », regrette Luc Smessaert, président de Farre et coordinateur de la nouvelle plateforme #agridemain.

D’où cette idée qui mûrit depuis dix-huit mois au sein des OPA : recenser jusqu’à 1 000 agriculteurs qui pourraient raconter leur histoire, leur vécu, leur ressenti sur le réseau. Thierry Bailliet, agriculteur dans le Nord, témoigne ainsi de son expérience. Faisant suite aux moqueries subies par son fils dans son collège à propos du métier de son père, il s’est lancé sur YouTube : il a filmé son travail. Il rejoint aujourd’hui le réseau comme ambassadeur #agridemain. L’objectif est de démystifier l’agriculture, redonner une réalité à l’image que le grand public a de l’agriculture, promouvoir une agriculture nourricière. Le réseau s’appuie aujourd’hui sur l’AGPB, Axema, la CGB, les chambres d’agriculture, Coop de France, Farre, la FNA, la FNSEA, le Gnis, Jeunes Agriculteurs, le Syrpa, l’UFS, l’UIPP, l’Unifa. Il est en pourparlers avec les secteurs de l’élevage et des fruits et légumes, et celui de l’agriculture biologique. Un bilan sera dressé dans trois ans, selon le coordinateur.

Grand public et agriculteurs

L’enquête de BVA montre une bonne image de l’agriculture mais qui est faussée. Elle repose sur l’interrogation de 1 000 consommateurs et 600 agriculteurs. Six Français sur dix ont une bonne opinion de l’agriculture française. Et plus ils connaissent l’agriculture, meilleur est ce score. Agriculteurs et grand public se réjouissent de l’accroissement de la modernité, de la technicité, de la traçabilité et de la qualité sanitaire de l’agriculture. Ils regrettent en revanche la baisse du rapport qualité/prix, la moindre défense de l’agriculture par les politiques, l’accroissement de la taille des exploitations.

Autre constat : le grand public connaît mal l’agriculture. Et si à 86 % les agriculteurs estiment qu’ils ont des pratiques raisonnées, seuls 24 % des Français ont la même évaluation. Quant aux défis à venir pour l’agriculture, si les Français et les agriculteurs partagent l’idée que garantir la qualité et la sécurité alimentaire est primordial, les agriculteurs veulent, en deuxième position, maintenir le tissu économique local alors que l’opinion publique demande de défendre notre indépendance alimentaire. Une opinion qui estime aussi que le produit « made en France » vaut mieux que le produit bio venu d’ailleurs.

De la même façon, le grand public privilégie le principe de précaution à celui d’innovation. Enfin, il est très surpris de savoir que les agriculteurs ont implanté des bandes enherbées pour protéger la ressource en eau. Ils ignorent aussi que l’agriculture est directement ou indirectement le deuxième secteur d’emploi en France. Tout comme ils sont surpris d’apprendre que l’espérance de vie des agriculteurs est supérieure de deux, trois ans à la moyenne nationale.

Marie Gabrielle Miossec