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« S’organiser pour faire tourner son entreprise avec 340 €/1 000 l »

Lait
 - « S’organiser pour faire tourner son entreprise avec 340 €/1 000 l »
« Pour rester dans le jeu, un agriculteur doit s’organiser pour arriver à faire tourner son entreprise avec 330-340 €/1 000 l de prix d’objectif », estime Vincent Chatellier, économiste spécialisé sur la filière laitière à l’Inra. © Alexis Dufumier/GFA

La France continuera à développer sa production de lait, mais les exploitations sont amenées à construire de nouveaux schémas stratégiques. C’est ce qui est ressorti des interventions du 23e congrès de Négoce Ouest à Caen, le 19 mai.

« Il faut adapter les schémas stratégiques des exploitations, non pas sur la base des cours actuels, mais avec des prix d’objectifs moyens à l’horizon de cinq, sept ou dix ans », a lancé Vincent Chatellier, économiste spécialisé dans la filière laitière à l’Inra. Il intervenait le 19 mai au 23e congrès de Négoce Ouest à Caen qui avait pour thème : « Quel avenir pour les exploitations laitières du Grand Ouest ? »

« Un agriculteur qui pense qu’il peut se permettre d’attendre que les prix retrouvent les 400 €/1 000 l est dans l’erreur. Pour rester dans le jeu, il doit s’organiser pour arriver à faire tourner son entreprise avec 330-340 €/1 000 l de prix d’objectif », a expliqué l’économiste.

Cependant, pour Vincent Chatellier, le prix du lait ne doit plus être aujourd’hui la ligne de flottaison en matière de gestion. « Le prix doit être une variable parmi d’autres du revenu de l’exploitation. D’ailleurs, en jouant sur sa maîtrise technique, le producteur peut se faire dans une certaine mesure son propre prix du lait. »

Pour Jean-Yves Duplenne, directeur de production des Maîtres laitiers du Cotentin, qui intervenait le même jour, « le gros sujet pour passer les périodes de prix bas, c’est la maîtrise des coûts de production et notamment des frais fixes. Nous avons changé de contexte, les coûts d’investissement ont explosé depuis le début des années 2000 ».

« Les charges opérationnelles varient de 80 €/1 000 l entre le quart supérieur des exploitations les plus performantes et le quart inférieur », a complété Didier Roinson, responsable des études au CER France Seine-Normandie.

« L’agriculture française devra de mieux en mieux écraser ses frais fixes, quitte à déléguer. Je crois beaucoup au développement de la prestation de travaux par des entreprises spécialisées », a poursuivi l’économiste de l’Inra.

« Il faut des années pour adapter les stratégies »

« Aujourd’hui, nous ne vivons pas une crise du marché du lait : le monde n’a jamais eu autant soif de lait et la France est très bien placée pour développer sa production. Nous vivons une période de refonte stratégique des exploitations qui doivent apprendre à vivre dans un environnement où les prix sont de plus en plus volatils. Mais il faut des années pour adapter les stratégies », a ajouté Vincent Chatellier.

« Et pour l’heure, les perspectives de progression des cours sont compromises car nous avons toujours 350 000 t de poudre de lait que nous avons en stock dans l’Union européenne. »

OPL : « Dans quel monde vit Vincent Chatellier ? »

L’organisation des producteurs de lait (OPL, branche de la Coordination rurale) se demande, dans un communiqué publié le 24 mai 2017, « dans quel monde vit Vincent Chatellier » pour oser que « les producteurs qui ne parviennent pas à vivre en vendant leur lait à 340 €/t doivent se poser des questions ».

« Le monde demande du lait, certes, à quel prix ! explique l’OPL. La course aux prix bas pour répondre au marché mondial, assurément très volatil, a conduit les producteurs dans l’impasse, en imposant des restructurations à marche forcée. La vision macro-économique s’oppose frontalement à la réalité du terrain. »

« Je rappelle à Monsieur Chatellier que diverses études attestent que pour assurer aux producteurs un revenu comparable à celui de n’importe quel travailleur et, en toute logique, supérieur à celui de leurs salariés, pour permettre des investissements ou l’installation de jeunes éleveurs, il faut un prix de vente de 450 €, explique Véronique Le Floc’h, présidente de l’OPL. Ce prix couvre les coûts de production qui, ne lui en déplaise, ne sont pas réductibles à l’infini compte tenu des conditions économiques et des mises aux normes perpétuelles. J’invite Vincent Chatellier à venir sur nos fermes au plus vite pour qu’il puisse prendre conscience de la réalité du terrain. »

Alexis Dufumier
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