En mars 2016, Pierre, Guy et Paul Lefebvre en Gaec à la Celle-sous-Montmirail, dans l’Aisne (02), vont jeter 60 000 litres de lait. Un mois avant la fin de la campagne, ils ont atteint le volume fixé par Lactalis et préfèrent épandre le lait plutôt que payer la pénalité.

Leur lait est actuellement payé 26 cts/l alors que la pénalité s’élève à 28 cts/l. Paul Lefebvre résume : « C’est comme si on leur donnait notre lait et qu’on leur payait 1 200 € en plus. » Les trois frères n’acceptent pas cette situation, quand le camion de la laiterie arrive au début de mars, ils lui donnent une lettre dans laquelle ils précisent que ce n’est pas la peine de revenir.

Un volume fixé six mois avant la fin de la campagne

À la fin des quotas, le Gaec produisait 957 000 l de lait avec 90 vaches traites en moyenne. En avril 2015, sans contrainte chiffrée de Lactalis, les trois frères repartent sur le même volume et pensent même à l’augmenter un peu. C’est seulement en septembre 2015 qu’ils reçoivent un courrier de la laiterie annonçant que leur volume à produire est de 848 208 l pour la campagne de 2015-16. Ils se séparent alors de 40 vaches et essaient de négocier le volume, sans succès. C’est finalement au début de mars qu’ils atteignent les 848 208 l et décident d’arrêter de livrer le lait pour ne pas payer la pénalité.

Pour Paul Lefebvre, l’épandage du lait dans les champs devant les médias est symbolique. « Nous, on a encore la possibilité de se révolter, dans les fermes autour ils ne peuvent plus ». Bien que leur action soit individuelle, les trois frères comptent sur « un effet boule de neige ». Paul précise : « Le syndicat serait prêt à nous soutenir face à Lactalis. »

Un contrat sans volume ni prix

Pour en arriver à cette situation, Paul Lefebvre explique : « En 2011, on a signé un contrat avec Lactalis sous la pression des pouvoirs publics et de la laiterie. On était encore dans les quotas, il n’y avait ni prix, ni volume dans le contrat hormis la pénalité de 28 cts/l en cas de dépassement. » Il précise que « le contrat contenait uniquement la référence matière grasse de notre père qui produisait 150 000 l. On l’a barré avant de le renvoyer signé ».

Aujourd’hui, Pierre, Guy et Paul veulent rompre le contrat avec Lactalis et se tourner vers une plus petite laiterie régionale.

Tanguy DhelinRédacteur