Pour Thierry Roquefeuil, le récent bras de fer avec Lactalis « a permis de reposer les rôles concrets du syndicalisme – le lanceur d’alerte – et des organisations de producteurs (OP) qui parlent des prix et des volumes. Le syndicat a souhaité être aux côtés des OP pour que les négociations aboutissent. Le syndicat est là pour que les choses avancent ».

Le prix de base annuel tournera entre 275 et 325 €/1 000 l sur l’année 2016, selon les laiteries, a précisé André Bonnard, secrétaire général du syndicat. Les plus mauvais payeurs restent, comme depuis plusieurs années, Lactalis et Sodiaal, talonnés par Savencia (ex-Bongrain), Bel puis Danone. Les mieux-disants sont des PME.

Une première pour Bruxelles

Les représentants de la FNPL ont également évoqué la mise en place de l’aide européenne à la réduction de la production. « Nous saluons cette mesure car c’est la première fois que la Commission met en place une régulation de la production. Même si ce n’est pas suffisant, concède Thierry Roquefeuil. Mais on a mis un pied dans la porte, on le laisse ! La FNPL réclame que la mise en place de mesures de régulation de marché soit automatique. L’intervention et le stockage de poudre sont une aberration car c’est un encouragement à continuer à produire. Cela crée un marché fictif. » Néanmoins, le fossé reste profond avec les pays d’Europe du Nord. Ils ont finalement accepté la mesure de régulation, à la stricte condition qu’elle soit volontaire, et surtout pas obligatoire.

« Redéfinir un projet européen »

La FNPL souhaite également la redéfinition d’un projet européen. « 85 % du lait européen reste sur le marché européen, rappelle Thierry Roquefeuil. Est-ce important aux yeux de l’UE ? Il faut faire en sorte que la production laitière soit répartie sur tous les pays, et pas seulement sur quatre, cinq pays du Nord, uniquement parce qu’il y pleut davantage ! Il faut un modèle européen qui ait une capacité à s’autodéterminer, et non à vouloir copier la Nouvelle-Zélande ou les USA. Il faut une adéquation offre-demande, des politiques de soutien, et un encadrement de la volatilité. »

« Refonder le Cniel »

Un discours de la FNPL qui la rapproche des revendications de longue date de la Confédération paysanne (CP) et de la Coordination rurale (CR)… Deux alliées potentielles pour une « refondation du Cniel » à laquelle aspire Thierry Roquefeuil afin de faire évoluer les relations entre producteurs et transformateurs sur des bases différentes ? La CP siège à l’interprofession depuis deux ans, et l’entrée de la Coordination rurale devrait être actée lors de la prochaine AG de l’interprofession, le 20 septembre. Thierry Roquefeuil devrait également se représenter à la présidence (il en avait démissionné en juillet 2015 pour protester contre le manque d’ouverture des industriels). « Il faut retrouver du lien dans la filière laitière. Pour autant, notre message est clair, on ne lâchera rien ! »

E.C.