« Depuis 40 ans, nous avons été bercés par la facilité d'une économie administrée, a estimé Dominique Chargé, président de la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL), lors de l'AG de l'organisation, le 19 avril à Paris. Or, le nouveau contexte [fin des quotas et forte demande mondiale, ndlr] nous offre aussi de formidables opportunités, en particulier sur les pays émergents. »

Pour Dominique Chargé, les coopératives possèdent des avantages indéniables. « La coopération n'est pas soumise à la dictature du court terme et à la financiarisation de l'économie, a-t-il rappelé. De plus, elle s'appuie sur des hommes et des femmes d'un territoire », elle n'est donc pas délocalisable.

La décision des Nations unies de décréter 2012 « Année internationale des coopératives », ne peut que le conforter. Une reconnaissance de leur meilleure résilience dans la crise économique mondiale, mais aussi de leur importance dans tous les secteurs de la vie économique.

Le président de la FNCL croit donc à la capacité des coopératives laitières françaises à tenir leur rang, « même si nous sommes confrontés à une concurrence déjà bien organisée » de la part de l'Europe du Nord et de la Nouvelle-Zélande.

« Pour prendre ce virage, les représentants des coopérateurs doivent écouter les attentes des associés, et y répondre en leur donnant des perspectives de développement sur leurs exploitations, en volume et en valeur, d'où le système de volumes et prix différenciés. L'objectif de la coopérative est de créer de la valeur. Pour cela, nous devons développer notre offre commerciale et nous positionner sur des marchés nouveaux, internationaux, sans pour autant dégrader la rentabilité des marchés au coeur de notre métier. »

Cette nouvelle donne économique oblige à prendre des décisions. Le couple président-directeur est alors essentiel, avertissent les différents intervenants des deux tables rondes de l'AG.

« Nous devons apprendre à travailler avec la volatilité, insiste également Dominique Chargé. Nous devons aussi faire jouer au maximum la dimension collective, avec des synergies entre les coopératives. » La FNCL ne veut pas s'ingérer dans ces potentiels rapprochements, mais se voit plutôt comme un catalyseur.

Un écueil néanmoins, pour les coopératives : la faiblesse de leurs fonds propres. Difficile donc de financer des projets de développement. Elles peuvent lever une partie des fonds auprès de leurs associés (à condition que ce capital social soit vu non plus comme une charge, mais comme un investissement), mais les montants se chiffrent désormais en dizaines, voire en centaines de millions d'euros. Il est donc indispensable d‘intéresser des opérateurs financiers. Les fonds d'investissement y sont prêts car les cours des matières premières alimentaires seront désormais orientés à la hausse. Or, les coopératives ont cette capacité d'approvisionner en masse le marché.

Un autre risque à surmonter : « Une augmentation de l'offre de lait sans limites et non maîtrisée, rappelle Dominique Chargé. C'est pourquoi nous insistons sur la notion d'apport total, qui verrouille ces volumes. » Pour la même raison, il fait une autre mise au point : les coopératives ne peuvent accepter tous les laits flottants, au risque déséquilibrer leur équilibre économique.

La meilleure preuve de leur attractivité renouvelée : de plus en plus de producteurs laitiers livrant à des privés se tournent aujourd'hui vers elles. La possibilité de produire des volumes au-delà de leur référence y est sans doute pour quelque chose. Mais peut-être la notion de solidarité et de projet commun retrouve-t-elle du sens dans la crise actuelle ?

E.C.