L'agriculture de l'Afrique de l'Ouest, une des régions les plus pauvres du monde, peut-elle satisfaire les besoins alimentaires de sa population sans un recours massif aux importations? «Oui», sous certaines conditions, répond la Fondation pour l'agriculture et la ruralité dans le monde (Farm), dans une étude sur les «potentialités agricoles de l'Afrique de l'Ouest», présentée lundi 25 février 2008 au Salon international de l'agriculture à Paris.

Selon l'étude, sur la période 1980-2005, la population de l'Afrique de l'Ouest a doublé. Malgré un contexte défavorable, les agriculteurs de la région ont répondu à cette demande, et ce, en maintenant une dépendance faible à l'égard des exportations, de l'ordre de 10 à 15% des calories consommées. La région est autosuffisante en tubercules, fruits, légumes et céréales sèches. La croissance des productions s'est basée essentiellement sur une extension des surfaces cultivées et très peu sur l'accroissement des rendements.

L'étude identifie et discute quatre scénarios qui sont autant de contextes possibles (international, régional, environnemental) pour les agricultures ouest africaines des 25 prochaines années. Conclusion: les agricultures régionales peuvent répondre à la demande régionale et se repositionner sur les marchés internationaux. Mais pour cela, elles ont besoin de politiques publiques régionales et nationales ambitieuses.

Les producteurs ont besoin d'un environnement régional porteur, avec des marchés mieux régulés. Ils ont besoin d'un environnement suffisamment sécurisé pour pouvoir investir et ils ne pourront le faire que s'ils ont à leur disposition des services financiers adaptés, des formes de couverture des risques, etc. Le développement de l'agriculture de la région nécessite une véritable stratégie d'intégration régionale, une union douanière avec une politique commerciale qui permet une réelle régulation des marchés intérieurs.

Pour être ambitieuses et mobiliser les ressources indispensables, ces politiques doivent s'appuyer sur une vision partagée du développement des agricultures régionales. Clarifier la vision implique de raisonner la taille des unités de production vers laquelle il convient de tendre pour assurer leur viabilité économique et rémunérer correctement les producteurs, en prenant en compte la variabilité des systèmes de production et les situations locales, souligne l'étude.

Enfin, celle-ci confirme que la compétitivité des produits alimentaires ne repose que partiellement sur la compétitivité agricole. L'efficacité globale des filières et la capacité du secteur artisanal et industriel de fournir des produits locaux transformés est aussi largement questionnée, si l'on cherche à conquérir les marchés régionaux, "a fortiori" lorsqu'ils s'urbanisent rapidement. Les politiques publiques doivent aussi investir l'environnement de la production.

A.D.