L'aide à l'engraissement des jeunes bovins « ne constitue en réalité qu'un moyen détourné d'offrir 8 millions d'euros à une filière », estime la Coordination rurale (CR). Dans un communiqué diffusé mardi, elle évoque un « miroir aux alouettes ».

« Pour bénéficier de cette aide, il est nécessaire de produire au moins 50 jeunes bovins mâles ou femelles. Ce seuil arbitraire exclut du dispositif de nombreux éleveurs de bovins à viande spécialisés, comme par exemple certains naisseurs-engraisseurs. Ainsi, les éleveurs sont incités à s'endetter toujours plus, pour produire toujours plus, sans pour autant améliorer la rentabilité de leur exploitation. Ce modèle productiviste contribuera à déstabiliser le marché en organisant la surproduction. »

Pour la CR, « ce n'est pas le nombre de jeunes bovins (JB) produits qui définit la spécialisation ; en effet, beaucoup d'éleveurs produisent moins de 50 JB mais sont producteurs de viande exclusivement. C'est à ces éleveurs spécialisés, quel que soit le nombre de JB, que devraient revenir ces aides, en attendant de pouvoir effectivement vivre des prix de vente ».

La CR regrette que l'aide à l'engraissement soit « soumise à la contractualisation de la production. Ainsi, pour bénéficier de quelques euros, les éleveurs devront s'enchaîner à un abatteur ou à une coopérative. Les modalités de l'aide avantagent outrageusement les OPC (organisations de producteurs commerciales) vis-à-vis des négociants et des OPNC (organisations de producteurs non commerciales) qui ne pourront pas proposer de contrat. Hormis des engagements éleveurs-abatteurs, seules les adhésions aux coopératives contractualisant avec un abatteur pourront servir de justificatifs aux éleveurs. Une fois les éleveurs engagés dans ces démarches, qu'est ce qui empêchera les OPC de récupérer par les prix le montant de cette aide, comme cela a déjà été le cas par le passé avec d'autres aides ? »

Selon la CR, « l'objectif de cette aide n'est certainement pas destiné à développer l'engraissement car, si c'est le cas, le compte n'y est pas, comme l'avait déjà indiqué la CR au ministre dans un courrier du 22 février 2012 (...). Le montant de l'enveloppe allouée à cette production est bien trop faible pour espérer dynamiser ce secteur. »

« Alors que l'exportation a permis une augmentation des cours depuis 2011, cette aide ne concernant que les JB abattus en France bloquera une partie de la production et réduira d'autant nos capacités à exporter, affaiblissant ainsi ce contrepoids face aux grands groupes d'abattage », conclut le communiqué.

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