Tout le monde veut du bio, la tendance est là. Et en 2018, la grande distribution a enregistré quasi la moitié des achats des ménages, avec 4,47 milliards d’euros de chiffre d’affaires sur 9,1 milliards de produits bio achetés dans l’Hexagone.

En face, les 1 500 points de vente des enseignes spécialisées historiques (la Vie Claire, Naturalia, Biomonde, L’eau vive, Biocoop, etc.) ont vendu pour 3,1 milliards d’euros, soit le tiers du total (le reste correspond aux ventes en ligne, directes ou de petits commerçants indépendants).

Mais la progression des enseignes spécialisées entre 2017 et 2018 (+7,7 %) est bien moindre que celle de la grande distribution (+22,6 %), qui a fortement développé ses linéaires et gammes bio en marque de distributeur comme en marque nationale.

Polémiques au printemps et à la rentrée

Après une polémique au printemps sur le chauffage des serres, faisant craindre une industrialisation à marche forcée de l’agriculture bio au mépris de ses « valeurs » de respect des saisons et de la terre, suivie d’une deuxième polémique à la rentrée, cette fois sur les marges des produits frais bio en grandes surfaces, l’Agence bio, chargée d’accompagner le développement de l’alimentation bio en France, met les pieds dans le plat.

Voir aussi : Serres bio chauffées — La décision du Cnab ne fait pas l’unanimité (15/07/2019)

Voir aussi : Le bio, de l’or pour les marges de la grande distribution (22/08/2019)

Lors des « Assises de la bio » qu’elle organise ce jeudi 14 novembre à Paris, deux des plus grands acteurs du secteur sont invités à s’expliquer : Michel-Édouard Leclerc, patron du groupe éponyme, et benoît Soury, directeur du marché bio chez Carrefour et représentant de la Fédération du commerce et de la distribution.

Voir aussi : Assises de la bio - La grande distribution estime qu’on va vers une bio à plusieurs vitesses (14/11/2019)

Leur venue s’accompagne de la parution d’un sondage réalisé pour l’Agence bio selon lequel pour une majorité de Français (61 %), le prix des produits bio ne prend pas principalement en compte le travail des agriculteurs, mais davantage l’effet cumulé des frais de marketing ou des marges des distributeurs et des industriels.

Avant ce rendez-vous, le syndicat regroupant les enseignes spécialisées, le Synadis bio, a lancé mercredi une campagne de communication satirique dénonçant les risques de « dérive » du secteur, exposé à un « manque de cohérence » par le développement des ventes en grande distribution. « Certes on fait du bio, mais notre spécialité ça reste de faire de l’argent », clame, dans un clip lancé sur les réseaux sociaux, un personnage incarnant un responsable de grand magasin en train de traverser un verger de pommiers.

Importations selon des normes moins strictes qu’en France

Certains craignent que le fort développement du bio en grandes surfaces n’entraîne surtout une hausse des importations produites selon des normes parfois moins strictes qu’en France. Dans les produits frais, en 2018, 57 % des fruits bio vendus étaient importés et 23 % des légumes, mais seulement 2 % du rayon de la crémerie et 5 % de celui des viandes. En épicerie, les importations représentaient 62 % des ventes, selon les statistiques de l’Agence bio.

Dans un manifeste rendu public mercredi, les magasins spécialisés s’engagent eux à promouvoir les producteurs et réseaux locaux, et à les aider en fournissant des contrats d’une durée minimale de trois ans. Ils promettent aussi « aucun fruit et légume issu de serres chauffées » et des « relations éthiques » avec leurs partenaires.

Nouveaux entrants en ligne

D’une manière générale, ils se prévalent de leur antériorité, rappelant que les premiers magasins bio sont apparus « il y a 70 ans », dans les années 1950, autour d’un modèle de société global associant « le refus du productivisme agricole et de l’utilisation de pesticides et d’engrais chimiques » pour défendre aussi bien la santé que l’environnement.

Mais sur le terrain des valeurs, ils sont concurrencés aussi, cette fois par de nouveaux entrants. Ainsi, le jeune commerçant en ligne La Fourche note de A à E l’impact carbone de chacun de ses produits. Dans la veine des applications mobiles Yuka ou « C’est quoi ce produit ? », l’objectif est à la fois de démocratiser le bio (La Fourche promet des prix inférieurs de 20 à 25 % à ceux de la distribution spécialisée) et de montrer l’impact climatique de la nourriture.

Voir aussi : Portrait-robot d’un magasin bio (29/10/2019)

AFP

NB : article paru le 14/11/2019 à 14h59, complété à 17h52 avec lien vers l’article sur les Assises de la bio.