Tan Sri Berrnard Giluk Dompok, ministre des Plantations et des Matières premières du gouvernement de la Malaisie, a profité de sa visite à Paris pour tenir, vendredi, une conférence portant sur les enjeux de l'industrie malaisienne de l'huile de palme.

La Malaisie est un des principaux exportateurs d'huile de palme au monde : elle représente actuellement 39 % de la production mondiale d'huile de palme et 44 % des exportations. Le pays compte pour 12 % de la production et 27 % des exportations d'huiles et de graisses au monde.

Les principaux dérivés de l'huile de palme sont les produits alimentaires (80 %), les produits oléochimiques (15 %) et les biocarburants (2 %). « Sur les 50 millions de tonnes (Mt) d'huile de palme produites dans le monde, 19 Mt proviennent de plantations malaisiennes, a tenu à rappeler le ministre malaisien. Notre volonté aujourd'hui n'est pas d'étendre les surfaces destinées à la production d'huile de palme, nous souhaitons simplement améliorer la productivité sur les zones de productions existantes. Le rendement réalisé chez les “gros producteurs” est compris entre 6 et 8 t/ha. Chez les “petits producteurs” (exploitations de moins de 20 ha), le rendement est généralement inférieur à 4 t/ha. Il faut donc que nous améliorions la productivité sur ces petites exploitation, a insisté le ministre. Nous voulons pousser les rendements jusqu'à 12 t/ha dans les prochaines années. »

Les petits producteurs sont à l'origine de 40 % de la production. 170.000 personnes vivent de l'huile de palme. Le secteur participe à hauteur de 9,1 % au PIB du pays. 

Commentaires négatifs

Le ministre estime qu'en Europe, de nombreux commentaires négatifs sont véhiculés sur l'huile de palme. « Certaines étiquettes indiquent même la mention “sans huile de palme”, comme s'il s'agissait d'un produit dont l'impact sur la santé est incertain, s'est exclamé le ministre. Nous pensons que cette méfiance de l'Europe vis-à-vis de l'huile de palme n'est pas justifiée et nous sommes préoccupés par cette situation. »

Actuellement, les autorités malaisiennes essaient de positionner l'huile de palme comme étant la meilleure huile de cuisson. L'huile malaisienne est certifiée durable. Les membres de la délégation malaisienne rappellent que c'est la seule huile de palme certifiée durable au monde. Le docteur Yusof Basiron explique que l'huile de palme offre les mêmes qualités nutritionnelles que l'huile d'olive et, surtout, il insiste sur le fait qu'elle ne contient pas d'acides gras trans, ce qui permet, selon lui, de réduire le « mauvais cholestérol ». « L'huile de palme est aussi bonne que l'huile d'olive en matière de cholestérol, et a le gros avantage d'être 10 fois moins chère que cette dernière, précise le docteur Yusof Basiron, de la délégation malaisienne. C'est la meilleure huile pour la cuisine, disponible, pratique pour les industries agroalimentaires en matière de stabilité et pour la friture. Enfin, elle n'est pas cancérigène. »

« La consommation d'huile de palme est faible en France : seulement 270.000 tonnes consommées en 2011, dont 50 % en provenance de la Malaisie, précise le ministre. Nous souhaitons augmenter nos exportations d'huiles certifiées vers la France. La demande d'huile de palme en Europe a diminué depuis quelques années en raison d'un étiquetage sur certains produits qui indique “garanti sans huile de palme” et qui a terni l'image de l'huile de palme. En agissant ainsi, les industries agroalimentaires ne réagissent pas en termes économiques mais sous la pression de certaines ONG », a déploré le ministre malaisien. Suivant ce constat, la Malaisie s'est orientée vers une production plus durable pour tenter d'améliorer l'image de l'huile de palme auprès des consommateurs européens.

Biocarburants

Le prix du palme est actuellement fortement décoté par rapport aux huiles oléagineuses (soja, colza et tournesol). « C'est le jeux de l'offre et de la demande, explique le ministre. La crise économique a créé une chute de la demande en huile de palme et, dans le même temps, l'offre est restée stable. Nous ne pouvons réduire l'offre en fonction de la demande. Les cours du palme s'affichent actuellement sur la Bourse de Kuala Lumpur à 2.800 riggints/t contre 3.425 riggints/t à la fin d'avril, son plus haut niveau historique. En 2011, la Malaisie a exporté 3,6 Mt d'huile de palme vers l'Union européenne et elle espère une petite augmentation pour 2012.

Tan Sri Berrnard Giluk Dompok estime que l'utilisation d'huile de palme pour le biocarburant est une bonne chose. « Pour l'instant, nos produits sont majoritairement utilisés en alimentaire, mais c'est une opportunité à saisir, nous sommes en Europe pour cela ». La Malaisie encourage ses entreprises à s'installer à l'étranger et notamment en Afrique. Selon le ministère, de nombreux pays peuvent êtres visés : l'huile de palme peut être produite sur une latitude de plus ou moins 10° autour de l'équateur, mais il y a également des critères de pluviométrie à respecter. La Malaisie a notamment reçu des délégations du Venezuela et du Brésil ou certaines entreprises malaisiennes pourraient s'installer. Cependant, certaines problématiques, principalement foncières, se posent.

L'arrivée d'El Nino a été annoncée par plusieurs agences météorologiques au début d'août 2012. Ce phénomène climatique peut provoquer une sécheresse susceptible d'affecter les cultures en Asie du Sud-Est, notamment pour le deuxième semestre de 2012 et le premier semestre de 2013. Le ministère malaisien estime qu'il n'y a pas de problème majeur pour le moment.

F.V.