Une bonne partie des régions touchées était déjà passée en « risque modéré », mais ce n’était pas encore le cas dans les zones dites « à risque particulier », en l’occurrence les zones humides où les oiseaux migrateurs porteurs de virus ont tendance à se poser.

À compter de samedi, date d’entrée en vigueur de l’arrêté, « on lève les obligations de confinement même dans ces zones-là », indique-t-on au ministère de l’Agriculture.

« C’est une bonne nouvelle. On retrouve une situation théorique normale », a réagi Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras). « Théorique », parce que, rappelle-t-elle, le vide sanitaire est toujours en vigueur dans 1 134 communes du Sud-Ouest, afin de juguler définitivement cette épizootie particulièrement virulente et reléguer le virus H5N8 au rang de mauvais souvenir pour les producteurs de foie gras.

La réintroduction des canards dans les élevages est prévue à compter du 29 mai prochain. Les producteurs de foie gras qui ne font que gaver les animaux vont eux devoir attendre trois mois d’élevage et ne pourront travailler qu’à compter de la fin d’août, si tout se passe bien, souligne Mme Pé. Pour assurer la présence du foie gras du Sud-Ouest sur les tables pour les fêtes de fin d’année, ajoute-t-elle, il va d’abord falloir « fournir des canetons pour tous les élevages ».

D’ici là, conformément aux dispositions annoncées dès février par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, tous les bâtiments auront été nettoyés et désinfectés.

« Vivre avec le risque »

« Cette évolution du niveau de risque ne modifie pas les conditions de mise en œuvre des mesures de contrôle de l’influenza aviaire adoptées par arrêté ministériel ou préfectoral vis-à-vis des filières d’élevage d’oiseaux domestiques ou de faune sauvage captive qui ont été concernées par les épisodes récents », prévient d’ailleurs l’arrêté paru au JO.

Le ministère a en effet demandé un suivi spécifique : jusqu’au 31 mars 2018, des tests de dépistage du virus seront pratiqués sur les palmipèdes à plusieurs étapes de leur vie et les véhicules servant à les transporter devront être nettoyés et désinfectés entre chaque trajet. Les producteurs devront en outre s’engager par écrit sur l’honneur à respecter certaines mesures de biosécurité.

Plus largement, la filière avicole s’est engagée le 13 avril sur un « pacte » visant à réformer en profondeur les méthodes de production et de transport afin de limiter à l’avenir les risques de propagations virales.

L’équation est d’autant plus difficile à résoudre que le sud-ouest a bâti sa réputation sur ses filières d’élevage en « plein air », difficiles à isoler de la propagation des virus transmis par la faune sauvage.

L’objectif, pour les autorités sanitaires : sauver une profession qui a subi en moins de deux ans plus de 500 millions d’euros de pertes, éleveurs et transformateurs confondus.

Si Mme Pé se dit « confiante », estimant que l’analyse et le retour d’expérience de ces deux dernières années ont permis de « tirer des leçons », elle sait que les oiseaux migrateurs, parfois porteurs de maladie, ne cesseront pas pour autant de se poser en France.

« On va devoir vivre avec ce risque », déclare-t-elle, rappelant que la dernière épidémie a été encore plus dramatique que la précédente pour la profession : si H5N1 a empêché la production de 9 millions de palmipèdes, H5N8 aura lui causé la non-production de 11 millions d’entre eux, dont plus de 4 millions abattus à titre préventif, souligne-t-elle.

Téléchargez l’arrêté du 4 mai 2017 qualifiant le niveau de risque en matière d’influenza aviaire de hautement pathogène.

Avec l’AFP