Quelque 7.000 canards ont été abattus et 4.500 morts de maladie dans le Tarn, selon des chiffres actualisés de la préfecture, à la suite de la découverte d’un foyer de grippe aviaire, et le virus se propage dans les départements du Gers, du Lot-et-Garonne et des Hautes-Pyrénées. « Nous percevons une certaine progression virale », a indiqué le préfet du Tarn, Jean-Michel Mougard, lors d’une conférence de presse vendredi en fin d’après-midi.

Le premier foyer de grippe aviaire H5N8 « hautement pathogène » pour les oiseaux détecté dans un élevage de canards du Tarn dans la commune d’Almayrac a été annoncé vendredi matin par le ministère de l’Agriculture. Pour les autres élevages du Tarn, il y a des « cas de suspicion, les prélèvements sont en cours », a souligné la préfecture du département.

« Un jour avant les constatations des premiers canards morts dans un second élevage d’Almayrac, un convoi est parti avec des canards vers ces départements », a expliqué M. Mougard. En tout, quelque 7.000 canards seraient partis vers d’autres départements, selon les chiffres de la préfecture.

« L’objectif est de stopper impérativement la diffusion du virus », « ce virus pathogène est extrêmement dangereux car la mortalité intervient rapidement. C’est la première fois que l’on constate ce degré de virulence », a précisé le préfet. Un cas a par ailleurs été décelé dans les Hautes-Pyrénées, selon la préfecture de ce département.

Cette souche du virus avait une première fois été détectée le 26 novembre dans le Pas-de-Calais, sur des canards sauvages. Son apparition, dans un élevage cette fois, « ne permettra pas à la France de recouvrer le 3 décembre, comme envisagé, son statut [de pays] indemne d’influenza aviaire », précise le ministère dans un communiqué. Or ce statut, perdu par la France il y a un an à la suite d’un précédent épisode de grippe aviaire, est indispensable pour pouvoir exporter les volailles et le foie gras dans de nombreux pays hors d’Europe, comme le Japon.

« Pour autant, les normes internationales de l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE), sur la régionalisation des maladies animales doivent s’appliquer, et les exportations des produits de l’aviculture française doivent se poursuivre », soutient le ministère.

Mais pour les producteurs de foie gras du sud-ouest déjà fortement éprouvés, l’objectif est « d’éteindre les premières braises pour éviter la propagation de l’incendie », a indiqué le président du Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras (Cifog), Christophe Barrailh. Ces nouveaux cas « repoussent, du coup, encore de trois mois le calendrier de reconquête du statut de pays indemne », déplore-t-il.

Pour le président des conserveurs-producteurs à la ferme, Pierre Lava, installé dans le Gers, ne pas retrouver le statut indemne n’aura toutefois « aucune conséquence » pour les petits producteurs car « si certains exportent en Europe, ils ne peuvent pas exporter hors de l’Europe » de toute façon, en raison des coûts que cela représente.

« Rôle prépondérant des oiseaux migrateurs »

Pour expliquer la résurgence de cette maladie, le ministère rappelle que de nombreux cas ont été déclarés en Europe ces dernières semaines et que « le rôle des oiseaux migrateurs apparaît prépondérant dans la diffusion de ce virus ». Ces nouveaux cas ne présentent toutefois aucun lien avec l’épisode survenu l’an dernier dans le sud-ouest de la France, où c’est une mutation d’un virus qui circulait sans provoquer d’hécatombe qui était en cause.

« Il n’est pas étonnant d’avoir tous ces cas (de grippe aviaire) en ce moment car ils sont tous liés à des oiseaux sauvages et on est en pleine période de migration d’hiver. Pour les pays d’Europe de l’Ouest, ce sont notamment les animaux eurasiens qui, avec le froid, se rapprochent de zones où il fait meilleur pour passer l’hiver », avait expliqué cette semaine la directrice générale de l’OIE, le Dr Monique Eloit.

En 2015, la France avait exporté près de 5 000 tonnes de foie gras, sur les 19 200 tonnes produites dans l’Hexagone. La production a fortement baissé en 2016, en raison d’un arrêt de la production de quatre mois, et moins de 14 500 tonnes de foie gras seront proposées sur le marché en 2016, selon l’interprofession.

Sur les six premiers mois de 2016, les exportations de foie gras cru étaient en baisse de 27 % à 725 tonnes et celles de foie gras transformé en recul de 15 % à 263 tonnes, ajoutent les professionnels.

AFP