Première bonne nouvelle, la dernière zone de protection et de surveillance, qui existait encore dans le Tarn, a été levée le matin même. « Le chantier qui s’ouvre aujourd’hui vise désormais la suppression de la zone de restriction qui couvre les quinze départements du grand Sud-Ouest, explique Christophe Ferreira, directeur de l’alimentation au ministère de l’Agriculture. Nous allons mettre en place un dispositif de surveillance, sur les élevages de palmipèdes, de gallinacées et de gibiers, ainsi que sur les abattoirs, à même de rassurer nos voisins européens et des pays tiers. Mais pour que les élevages puissent être contrôlés rapidement, les exploitants doivent jouer le jeu et déclarer systématiquement leurs mises en place. Si tout se passe bien, la zone de restriction devrait être levée à la fin d’août et le statut indemne de la zone retrouvé en septembre. »

Déjà 14 M€ de compensations économiques versés aux éleveurs

En attendant, les premières aides ont commencé à être versées aux producteurs. Quatre-vingt-quinze foyers identifiés dans huit départements du Sud-Ouest, dont soixante-dix-sept hautement pathogènes, ainsi que les éleveurs de troupeaux reproducteurs, seront indemnisés par la DGAL (direction générale de l’alimentation) de ministère de l’Agriculture au titre sanitaire, sur la base des frais réels des mesures mises en place.

De son côté, la direction générale de la performance économique (DGPE) du ministère de l’Agriculture, représentée par sa directrice, Catherine Geslain-Lanéelle, accompagne les acteurs économiques. En amont, les éleveurs et gaveurs bénéficient, depuis le début du mois, d’un dispositif inédit d’aide financière, visant à compenser leurs pertes de marge brute. Une vingtaine de forfaits différents ont été créés, pour correspondre aux différents types d’exploitations. Deux mille six cents dossiers ont été déposés par les producteurs, dont la moitié a déjà touché une avance de 50 % d’aides, pour un total de plus de 14 M€.

Des aides pour tous les maillons de la filière…

« Pour les exploitations de sélection et d’accouvage, nous avons opté hier, avec FranceAgriMer, pour des indemnisations de pertes d’EBE, détaille Catherine Geslain-Lanéelle. 20 M€ sont mis à disposition et les paiements seront réalisés dès que le dispositif sera validé par la Commission européenne. Enfin, pour les entreprises de transformation, outre les dispositifs de droit commun d’allègement de charges sociales et fiscales, de travail partiel et de CICE (crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi), deux dispositifs ont été créés. Pour les PME de moins de deux cent cinquante salariés, nous proposons des avances de trésorerie. Pour les entreprises plus importantes, nous avons porté une notification de demande d’aide d’État devant la Commission européenne, qui doit encore être discutée. Le travail n’est pas fini. Il reste quelques cas particuliers d’exploitations qui n’entrent pas dans les modèles proposés, pour lesquels nous cherchons des solutions, afin qu’elles aient droit à un traitement équitable. Leur cas sera traité lors du comité de pilotage de juillet. »

… mais des pertes à l’exportation

Selon le Cifog, le Sud-Ouest aura perdu, cette année, près de huit millions de canards non produits, soit 4 750 tonnes de foie gras. 1 000 tonnes devaient être importées de la Bulgarie et de la Hongrie, deux pays producteurs qui en profiteront pour livrer, à la place de la France, les pays de l’Asie du Sud-Est qui lui ont fermé leurs frontières. « Faisant suite à l’arrêt de nos exportations, notre balance commerciale excédentaire de 56 M€ en 2015, qui faisait notre fierté, sera réduite à zéro, souligne Marie-Pierre Pé, déléguée générale du Cifog. Cela va avoir une grosse influence sur nos entreprises. »

Florence Jacquemoud