« Je m’étonne que l’on ait détruit des élevages l’an passé qui étaient porteurs de virus et que l’on voit arriver cette année, sur de nouveaux animaux, un autre virus. On peut se demander si les stratégies mises en place sont les bonnes », explique le professeur Hervé Fleury. Ce médecin, spécialiste en virologie, directeur d’un laboratoire à Bordeaux, estime que la période de vide sanitaire de l’an dernier, aux conséquences sociales et économiques dramatiques pour les éleveurs, n’a servi à rien.

Il partage cet avis avec deux vétérinaires retraités, Alain Labeille et Aimé Vuillaume, auteurs d’un courrier des lecteurs dans La France Agricole du 13 janvier 2017. Mercredi, tous trois sont allés à la rencontre, sur une ferme de la Dordogne, de producteurs d’oies et de canards, qui ont subi l’abattage de leurs animaux. Ils dénoncent l’absurdité d’un plan drastique qui risque de ruiner l’existence d’une filière.

Une des solutions évoquée est la claustration. « Contraire à nos méthodes de production, elle n’est pas envisageable. Nos canards et nos oies ont besoin de parcours extérieurs », intervient Yvan Catinel, éleveur de canards et accouveur à Thenon, chez qui a eu lieu la rencontre. Plus grave, le confinement pourrait condamner les produits sous IGP et AOP et les filières d’excellence du Sud-Ouest plébiscitées par les consommateurs.

La solution de la vaccination ?

Tout le monde s’accorde à dire que c’est la faune sauvage qui a véhiculé et transmis le virus H5N8. « L’oiseau sauvage est une réserve mondiale des virus grippaux. En conséquence, une action menée sur les seuls animaux domestiques est aléatoire », précise Hervé Fleury. Pour lui, la solution est de trouver un équilibre naturel, écologique, entre la circulation des virus, l’élevage des animaux et les humains.

Hervé Fleury, Alain Labeille et Aimé Vuilllaume évoquent ouvertement la vaccination. « La vaccination est interdite en France. Pourtant, certains pays de l’Asie du Sud Est, notamment le Vietnam, ont été gravement touchés par des virus grippaux, entre 2003 et 2006. Ils sont parvenus grâce à la vaccination à un équilibre. Pourquoi nous ne prendrions pas contact avec les experts de ces pays pour avoir leur retour d’expérience et voir ce qu’ils recommandent », estime Aimé Vuillaume.

Claude-Hélène Yvard