Le plan d’éradication de la grippe aviaire, qui bloque la mise en place de palmipèdes dans les exploitations depuis le 18 janvier 2016, provoque l’inquiétude des éleveurs du Sud-Ouest. Bien que l’abattage systématique ait été écarté, le vide sanitaire est une menace pour leurs revenus. D’autant plus qu’une partie des éleveurs rembourse encore la mise aux normes des cages de gavage exigée par Bruxelles. « Dans cette crise, les producteurs n’ont pas été défendus et vont payer lourdement l’addition », assure le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) dans un communiqué de presse.

Quant au reste des maillons, l’onde de choc ne tardera pas à se faire sentir. Selon le Modef toujours, de l’accouvage à la commercialisation en passant par les producteurs et la transformation, 30 000 emplois directs et 100 000 emplois indirects seraient concernés.

« L’impact pour la filière avicole, de l’élevage à la transformation, est colossal, ajoute la FGA-CFDT dans un communiqué daté du 18 janvier 2016. Des salariés risquent de perdre leur emploi. » Le syndicat exige que des mesures d’urgence soient prises pour les salariés des exploitations agricoles, des coopératives agricoles et des industries agroalimentaires touchées par les mesures.

Il demande à ce que soient activés et financés les dispositifs de chômage partiel articulés avec des actions formation, considérant que cette période doit être mise à profit pour former les salariés des secteurs concernés. « L’élévation des compétences permettra, au sortir de la crise, de renforcer la filière par la montée en qualité des produits, estime la FGA-CFDT. […] Les départements du Sud-Ouest doivent conserver leurs capacités de production et, par conséquent, les emplois, afin de répondre aux demandes du marché lorsque la crise aviaire sera passée. »

Le ministre promet des aides

Stéphane Le Foll l’a promis : « Il y aura un accompagnement de l’État. » Néanmoins, aucune date ni enveloppe ne sont encore fixées. « Puisqu’on est sur un incident sanitaire majeur, puisque l’Europe, les pays membres, ont des exigences fortes, naturellement la solidarité européenne doit opérer, c’est une évidence, lance Christophe Barailh, président du Cifog (Comité interprofessionnel des palmipèdes à foie gras), à l’AFP. Je n’ose imaginer que l’Europe n’intervienne pas comme elle est intervenue dans d’autres pays, Bulgarie, Hongrie, où il y a eu des foyers d’influenza. »

Le délai du vide sanitaire est à ce jour inconnu. Selon l’AFP, les premiers abattages pourraient reprendre vers septembre, afin que la production couvre les besoins des fêtes de fin d’année. « Au mieux, la filière peut espérer remettre en place des canetons ou oisons le 17 mai, au pire le 13 juin, selon la fin du vide sanitaire des bâtiments d’élevage, calculent la FDSEA et la chambre d’agriculture de la Dordogne dans un communiqué de presse du 15 janvier 2016. Dans l’hypothèse où les éleveurs pourront réintroduire canetons et oisons dans la filière le 13 juin, ils ne pourront être gavés qu’à la fin d’août. »

Des opportunités pour l’exportation

Pour la Confédération paysanne comme pour le Modef, qui rappellent chacun dans leur communiqué de presse que l’épidémie n’est pas un enjeu pour la santé publique, il plane derrière ces décisions européennes une opportunité pour les industriels de la filière des volailles et des canards.

« Il s’agit, en effet, de rassurer les partenaires pour permettre la réouverture des frontières pour l’ensemble des volailles françaises, assure la Confédération paysanne. Une telle politique, affectée seulement aux filières d’exportation, constitue donc une nouvelle attaque contre l’élevage paysan. » Une position partagée par le Modef, qui demande notamment un assouplissement du plan de vide sanitaire à quatre semaines, et un statut particulier pour les éleveurs en vente directe.

H.C. avec l’AFP