Dans la nuit de jeudi à vendredi, des producteurs et des salariés de la filière des palmipèdes ont mené des actions dans quatre départements pour exiger le versement rapide des indemnisations. Un nouveau collectif, les « Canards en colère », qui regrouperait une soixantaine d’éleveurs et d’employés de la filière dans les Landes, Pyrénées-Atlantiques, Gers et Hautes-Pyrénées, était particulièrement virulent.

« Payez vite et tout »

« Payez vite et tout », ont-ils inscrit sur les locaux de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) à Mont-de-Marsan. Des palettes, plumes, pneus et bottes de foin ont aussi été déposés devant ces locaux. La chambre d’agriculture a également été visée. Parallèlement, une cinquantaine de radars routiers ont été bâchés par des membres du collectif.

« Nous demandons que des moyens financiers nous soient donnés dans les plus brefs délais. On nous interdit de gaver, et donc de gagner de l’argent, et on ne sait pas quand on va reprendre », a expliqué Lionel Candelon, coprésident du collectif. Il y a des foyers de contamination partout. Les gens ne travaillent pas depuis le 1er décembre, comment font-ils ? »

Le Modef dénonce le « recul » du gouvernement

Dans les Landes, c’est à l’appel du Modef que des éleveurs (une soixantaine) se sont rassemblés dans une exploitation à Gamarde-les-Landes. Ils s’opposent à l’abattage de canards dans un élevage autarcique. « Le gouvernement a reculé sur le principe de conserver les élevages autarciques, a déploré Christophe Mesplède, président de l’antenne landaise du syndicat. C’est à la demande du Cifog (interprofession du foie gras), qui représente les industriels et uniquement les industriels. On est sur autre chose que de la prévention, on veut porter atteinte à la production fermière traditionnelle, ça nous rend furieux ! »

La Confédération paysanne, quant à elle, a dénoncé le 3 février « la gestion hasardeuse de la crise ». « Contrairement aux annonces ministérielles du début de janvier, les élevages autarciques (animaux élevés et abattus sur le même site) sont désormais concernés par l’abattage préventif qui n’a pourtant toujours pas prouvé son efficacité, dénonce le syndicat dans un communiqué. En effet, à ce jour aucun élément scientifique tangible ne vient corroborer les récentes décisions prises. » C’est pourquoi le syndicat demande de « limiter les abattages préventifs à 1 km autour des foyers et d’en exclure les élevages autarciques », et de limier les transports », qui semblent être le vecteur principal de diffusion du virus.

Versement des aides « à partir du début de mars »

Comme en réponse, FranceAgriMer récapitulait lors de son conseil spécialisé des filières viandes blanches, le 31 janvier 2017, les dispositifs de soutien mis en place face à l’influenza aviaire. Les modalités d’indemnisation des pertes subies par les producteurs concernés par la mesure d’abattage préventif actuelle seront fixées « d’ici à la mi-février ». « Les versements d’aide aux éleveurs devraient intervenir à partir du début de mars, après instruction des dossiers par les directions départementales des territoires. »

« L’indemnisation des pertes économiques (absence de production) sera étudiée une fois l’ampleur de la crise sanitaire connue, en articulation avec les indemnisations qui seront mises en place dans le cadre du fonds de mutualisation sanitaire et économique (FMSE), et au regard des engagements qui seront pris par la filière pour une meilleure maîtrise des risques sanitaires », explique le communiqué de FranceAgriMer.

Le solde du précédent épisode « à partir d’avril »

Pour le précédent épisode d’influenza aviaire, ayant conduit à un vide sanitaire des élevages en 2016, « les pertes subies par 50 sélectionneurs-accouveurs ont été indemnisées sur crédits nationaux pour un montant de 20 millions d’euros. Près de 2 500 éleveurs de palmipèdes ont reçu deux avances pour un montant total d’environ 45 millions d’euros, à hauteur de 70 % des pertes estimées. » Ces avances ont été versées par l’État français, sur crédits nationaux, dans l’attente du cofinancement européen. Les premiers versements du solde devraient intervenir à partir d’avril.

E.C. avec l’AFP