Alors que mardi la Commission européenne a reporté, faute de majorité, le vote sur sa proposition de prolonger l’autorisation du glyphosate, pour Greenpeace l’herbicide a perdu la première manche. « La Commission avait essayé d’obtenir le feu vert des experts nationaux pour un renouvellement d’autorisation, en dépit des preuves scientifiques montrant que le glyphosate est une grave menace pour la santé et l’environnement », ajoute l’ONG.

Greenpeace informe par ailleurs que l’Agence européenne des produits chimiques (Echa) doit mener une étude plus globale sur les effets du glyphosate sur la santé humaine qui devra être finalisée à la fin de 2017. L’ONG estime donc que précipiter le renouvellement d’autorisation du glyphosate pour 15 ans sans attendre les résultats de cette étude serait prématuré et extrêmement risqué. « La France, qui s’était positionnée contre la proposition de la Commission, doit désormais garder le cap pour empêcher son renouvellement », ajoute Greenpeace.

Pour Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Générations Futures : « Dès lors qu’un doute subsiste sur la nocivité d’une substance, il ne s’agit plus de tergiverser. Décider aujourd’hui ou demain ne change rien au débat : il faut protéger la santé des consommateurs et appliquer strictement le principe de précaution inscrit dans nos textes européens. « La France, l’Italie, les Pays-Bas et la Suède ont choisi ce camp-là : la protection des citoyens contre celui des intérêts de l’industrie chimique », estime Foodwatch.

Si selon l’ONG, « la Commission devrait tenter d’obtenir une majorité qualifiée sur sa proposition, la contre-offensive des scientifiques s’organise – car le doute sur l’innocuité du pesticide subsiste –, le mécontentement des eurodéputés et la forte mobilisation des citoyens continuent de s’amplifier. »

La pétition lancée à la fin de février par Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Générations Futures a ainsi atteint près de 114 000 signatures en quelques jours. Foodwatch, la Ligue contre le cancer et Générations Futures exhortent donc le gouvernement français à maintenir son opposition au renouvellement du glyphosate.

De son côté, Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, indique le mercredi 9 mars 2016 dans un communiqué : « Comme je l’ai demandé avec la Suède, la Commission européenne retire sa proposition visant à approuver le renouvellement de l’autorisation de la mise sur le marché du glyphosate pour 15 ans.

D’autres pays se sont joints à cette demande, notamment l’Italie et les Pays-Bas. D’autres pays, comme l’Allemagne et l’Autriche, ont fait savoir qu’ils s’abstiendraient en cas de vote, ne permettant pas de dégager une majorité suffisante pour que la proposition de la Commission puisse être adoptée », a d’ailleurs informé Ségolène Royal dans un communiqué datant du mercredi 9 mars.

De son côté, le Groupe de travail sur le glyphosate, ou GTF (1), prend acte de la discussion entre les États membres relative à la réapprobation du glyphosate lors des réunions du Comité permanent des 7 et 8 mars, et du fait que le vote n’ait pas eu lieu.

Il reconnaît l’importance des discussions entre la Commission européenne et les États membres au sujet du projet de rapport de réexamen concernant la réapprobation du glyphosate au niveau de l’UE. Toutefois, le GTF espère que ce processus avancera dans les semaines à venir et qu’un vote des États membres au sujet de la réapprobation du glyphosate aura lieu en temps utile.

Richard Garnett, président du Groupe de travail sur le glyphosate (GTF), a toutefois déclaré que « la procédure décennale de réapprobation européenne des pesticides est un processus transparent et rigoureux. Dans le cas du désherbant glyphosate, les travaux menés ont constitué une des évaluations scientifiques les plus complètes et approfondies d’une substance active à ce jour. »

(1) Groupe de travail européen sur le glyphosate (European Glyphosate Task Force ou GTF), groupement de sociétés qui ont conjugué leurs ressources et leurs efforts afin de renouveler l’approbation européenne du glyphosate.