La France a une position clé car une majorité qualifiée est requise dans ce dossier. En 2016, elle s’était opposée à la réautorisation, ainsi que Malte, tandis que sept pays s’étaient abstenus, dont l’Allemagne et l’Italie, bloquant la décision. Le nouveau vote est prévu le 4 octobre lors d’un comité d’experts durant lequel les pays donneront leur position.

En juillet, la Commission a proposé le renouvellement de la licence de cet herbicide non sélectif, qui expire à la fin de 2017.

En 2016, faute de majorité qualifiée entre les 28, la Commission avait exceptionnellement prolongé l’autorisation pour 18 mois, jusqu’à la fin de 2017, dans l’attente de nouveaux avis d’agences européennes.

Depuis, l’agence européenne en charge des produits chimiques (Echa) et celle de la sécurité des aliments (Efsa) ont estimé qu’il n’y avait pas de raison de classer cette substance comme cancérogène.

Leurs avis n’ont toutefois pas mis fin à la controverse scientifique sur la dangerosité de ce produit classé « cancérogène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ, OMS).

Solutions alternatives

Mais « est-ce par posture que [Nicolas Hulot] annonce au détour d’une visite en Bretagne, que la France votera contre le renouvellement de son autorisation par la Commission européenne, se demandent la FNSEA et Jeunes Agriculteurs dans un communiqué du 30 août. Ce qui revient à supprimer l’utilisation du glyphosate. Ce n’est pas le meilleur des combats européens que la France ait à mener. »

Et de rappeler que c’est « au moment même où l’initiative 4 pour 1 000 remporte le prix de la politique d’avenir visionnaire décerné par le World Future Council, que Nicolas Hulot décide d’enterrer ces bonnes pratiques agricoles parmi lesquelles on compte l’agroécologie, l’agroforesterie ou l’agriculture de conservation, qualifiées de meilleures politiques mondiales contre la désertification et la dégradation des sols. »

« Notre ministre de l’Écologie s’est-il renseigné ? Sait-il qu’elles ne sont aujourd’hui possibles que grâce à une utilisation raisonnable du glyphosate ? », lancent la FNSEA et JA.

Pour les syndicats agricoles, « la réalité est que tant que des solutions alternatives ne sont pas accessibles, la suppression du glyphosate balayerait d’un revers de main les efforts entrepris de longue date par les agriculteurs français, leurs outils de recherche et de développement ».

La FNSEA et jeunes agriculteurs estiment ainsi que ce serait « un comble que le gouvernement français anéantisse ce bilan dans quelques jours à Bruxelles ».

De leur côté, la Coordination rurale et l’Organisation des producteurs de grains (OPG) « en appellent au président de la République, au Premier ministre et au ministre de l’Agriculture pour ramener le débat à la raison qui doit l’emporter sur l’idéologie. Les utilisations du glyphosate […] ont contribué au développement de l’agroécologie et des techniques culturales sans labour. »

« Cette intention politique et idéologique aurait des effets inverses de l’objectif souhaité, indique Jacques Commère, responsable du festival du non-labour et semis direct (NLSD)* qui promeut des techniques culturales simplifiées. La majorité des agriculteurs a le sentiment que ces annonces sont faites sans aucune concertation technique et sans raison scientifique. »

Coop de France appelle également le gouvernement français à soutenir la réhomologation du glyphosate. « En l’absence d’alternative, l’interdiction de cette solution remettrait en cause des pratiques en plein développement faisant partie intégrante de l’agroécologie, assure l’organisation dans un communiqué diffusé le 5 septembre 2017. Non-labour, couvert permanent des sols, cultures intermédiaires,… »

« Une position ambitieuse » selon Générations futures

Dans un communiqué paru le même jour, Générations futures s’est réjouie de la « position ambitieuse de la France sur ce sujet ». « Notre pression a porté ses fruits », estime l’association, qui, la semaine dernière, exhortait encore la France à « s’opposer clairement » à la réautorisation du glyphosate.

D’ici au vote final, Générations futures demande à ce que « le gouvernement français réussisse à convaincre d’autres États membres à le rejoindre sur cette position ».

I.E., avec l’AFP