Le 8 février 2017, 38 ONG européennes lançaient une ICE (initiative citoyenne européenne) pour porter à la connaissance de la Commission européenne la volonté des citoyens d’« interdire le glyphosate, de réformer la procédure d’approbation des pesticides, et de fixer des objectifs obligatoires à l’échelle de l’UE en ce qui concerne la réduction de l’utilisation des pesticides ».

À ce jour, et selon Générations futures (GF), qui porte la campagne au niveau national, 52 000 Français auraient signé l’ICE. « C’est proche des 55 500 nécessaires, et nous sommes optimistes » a indiqué Nadine Lauverjat, coordinatrice de GF, à l’occasion d’une conférence de presse. Cette conférence de presse ne portait cependant pas sur l’ICE en elle-même, mais sur une nouvelle enquête réalisée par l’association. Une « enquête préalable qui demande à être confirmée par des travaux universitaires », a indiqué en préambule François Veillerette, directeur de GF.

« Tous contaminés par le glyphosate », selon GF

L’association a fait doser du glyphosate dans les urines de 30 personnes volontaires par un laboratoire allemand agréé. Les cobayes étaient « d’âges et de sexes variés, entre 8 et 60 ans, habitant en ville ou à la campagne, à l’alimentation variable, biologique ou non, végétarienne ou non ». Certains ont accepté de dévoiler leur identité (1).

Les résultats montrent que les urines de tous les cobayes contiennent des résidus de glyphosate, à une concentration moyenne de 1,25 ng/ml d’urine (entre 0,09 et 2,89 ng/ml). Pour GF, elles « confirment ce que nous craignions après avoir consulté d’autres études réalisées ailleurs en Europe (2) et dans le monde : nous sommes toutes et tous contaminés par le glyphosate », a déclaré François Veillerette.

Pour lui, « il est vraiment temps que les autorités européennes prennent conscience de l’urgence à agir et interdisent enfin cette molécule considérée comme probablement cancérogène pour l’homme par le Centre international de recherche sur le cancer ! »

Un « coup de communication » pour l’UIPP

L’UIPP (Union des industries de la protection des plantes) n’a pas tardé à réagir, dénonçant « un « coup de communication » en vue d’une échéance politique » et « l’absurdité « scientifique » de l’enquête de Générations futures, regrettant que l’association ne s’attelle pas à « produire une étude scientifiquement viable pour faire avancer un débat équilibré ».

Dans son communiqué, l’UIPP indique que « le seul enseignement de cette “étude”, c’est que le matériel analytique dont nous disposons aujourd’hui permet de détecter des taux de concentrations extrêmement faibles, dont les traces les plus infimes de phytos ». Et de rappeler que « la détection de traces infimes dans les urines ne signifie nullement un quelconque risque pour les populations », puis que le glyphosate, comme tous les produits phyto, est sous le coup d’un encadrement « parmi les plus stricts au monde en termes de protection de la santé humaine et de l’environnement ».

640 000 signatures de l’initiative européenne en deux mois

Même son de cloche pour la Commission européenne. Non pas suite à l’étude de GF, mais à l’occasion d’un débat organisé le 5 avril par le Comité économique et social européen (CESE) (3), dans le cadre de l’ICE lancée en février dernier. Intitulé « Interdiction du glyphosate – une question qui divise l’Europe », se débat accueillait Greenpeace, l’Association européenne de protection des plantes (ECPA), l’ONG ARC 2020 (Agricultural and Rural Convention), le Copa-Cogeca et la Commission européenne. Chacun a pu exposer son point de vue, décrivant le glyphosate comme « cancérogène » (Greenpeace), « vital pour l’agriculture » (ECPA), préjudiciable pour l’environnement (ARC 2020), ou « sans alternative » technique (Copa-Cogeca).

La Commission, quant à elle, joue les deux cartes que sont les résultats des agences européennes (Efsa et Echa), qui ont toutes deux classé le glyphosate comme « peu susceptible d’être génotoxique » et ne représentant « pas une menace cancérogène pour les humains ». Après la remise par l’Echa de son rapport (avant la fin de l’été), c’est avec les États membres que la Commission débattra de la ré-homologation du glyphosate en Europe, avec la fin de décembre 2017 comme échéance. Les ONG porteuses de l’ICE comptent elles atteindre l’objectif du million de signatures le plus rapidement possible…

À temps en tout cas pour peser sur la proposition que la Commission fera aux États membres sur la ré-homologation – ou pas – du glyphosate. À ce jour, après deux mois de campagne, 640 000 signatures ont été collectées, indique ce jeudi le CESE dans son communiqué.

A. Cas.

(1) François Veillerette, Marie-Monique Robin, Emily Loizeau, Matthieu Calame, Alex Visorek, Olivier de Schutter, Delphine Batho, Arnaud Apotekek, Guillaume Meurice, Charline Vanhienacker et Frédéric Fromet.

(2) Dans son dossier de presse, GF indique que les valeurs quantifiées dans cette enquête sont effectivement du même ordre que celle mesurées dans deux situations en 2016 : dans le cadre d’une enquête sur 2 000 personnes en Allemagne et dans le cadre de mesures réalisées à partir de l’urine d’eurodéputés.

(2) Plus précisément par sa section de l’agriculture, du développement rural et de l’environnement (NAT).