La Confédération paysanne aurait souhaité que le ministère de l’Agriculture tranche d’emblée en faveur des éleveurs et classe les « territoires entiers d’élevage » comme les Corbières, le Var, le Sud Cévennes, les Landes et les Deux-Sèvres comme des zones défavorisées, dès la première mouture.

« Le ministère aurait simplement pu faire le choix de critères adaptés à l’élevage et à la réalité des territoires. À l’heure où beaucoup envisagent des cessations d’activité et d’autres renoncent à s’installer, cette nouvelle incertitude va peser lourd dans l’avenir de l’élevage et sa répartition du territoire », indique le syndicat dans un communiqué daté du 23 septembre 2016.

« Des économies sur le dos des éleveurs »

Pour la Coordination rurale aussi le nouveau zonage pose question. Pourquoi certains départements ont-ils été classés (Île-de-France, vignoble charentais…) ou déclassés (Deux-Sèvres, Orne, Indre-et-Loire…). Elle regrette notamment le « lourd tribut » payé par le Sud-Ouest (Gironde, Landes, Tarn-et-Garonne…).

Le syndicat reproche au nouveau zonage d’être établi sur des critères économiques « orientés sur l’élevage herbager extensif alors que l’élevage est, dans son ensemble, frappé par une crise économique sans fin ». Les 2 600 communes entrantes sont très loin de compenser les 5 000 sortantes du zonage, soit au total 106 millions d’euros d’ICHN perdus pour les éleveurs, dénombre le syndicat.

Autant, « d’économies sur le dos des éleveurs », juge la CR qui ne comprend pas ce nouveau « coup dur » porté à la polyculture élevage alors que le ministère venait en 2015 de revaloriser l’ICHN. Elle craint les réactions sur le terrain alors que les éleveurs peinent à dégager un revenu décent.

« Il va donc falloir négocier »

La veille, le ministère de l’Agriculture a présenté une version provisoire de la carte des zones défavorisées établie suivant les critères européens seulement. La profession et les Régions sont désormais chargés de définir des critères complémentaires nationaux, en concertation avec le ministère.

L’objectif étant de conserver dans le nouveau zonage les communes dont les spécificités justifient leur maintien, en particulier les territoires concernés par une activité d’élevage, a précisé le ministère. Ces critères s’appliqueront à partir d’avril 2018.

Une échéance jugée trop lointaine pour la Confédération paysanne : « il va donc falloir négocier, zone par zone, critère par critère, lobby par lobby, pour espérer retrouver ce soutien nécessaire. Ou comment créer encore une incertitude sur les aides Pac déjà calamiteuses… ».

Rosanne Aries et Arielle Delest