Le président de la République a tenu un discours qui se veut globalement encourageant pour le monde agricole, lors de ses vœux du 25 janvier 2018. Notamment en confirmant les conclusions des Etats-généraux de l’alimentation, en rappelant à l’ordre les distributeurs ne jouant pas le jeu des négociations commerciales, et en rassurant sur sa volonté de défendre « une Pac aux ambitions préservées ».

« Encore des effets d’annonce »

Mais voilà : habitués aux beaux discours, les agriculteurs veulent maintenant juger sur pièce. « Le monde agricole a perdu confiance dans la parole politique. On s’est quand même fait pas mal berner ces dernières années, lance Samuel Vandaele, secrétaire général de Jeunes Agriculteurs (JA), au micro de RMC. Même les bonnes nouvelles annoncées sur la construction du prix, sur les relations commerciales, nous laissent sceptiques. On se dit : encore des effets d’annonce. Maintenant, on juge sur les faits. »

Un communiqué de JA publié juste après les vœux présidentiels, puis un autre de la FNSEA, pointent plusieurs points qui demeurent problématiques. La vision « inquiétante » d’Emmanuel Macron concernant les accords avec le Mercosur, par exemple : « Pas sûr que nous fixions les lignes rouges au même niveau que le président de la République. » Aussi la redéfinition des ICHN : « Comment maintenir une agriculture sur l’ensemble des territoires si ces aides sont supprimées ? » Même sur la Pac : « Nous partageons sa vision, mais certains termes doivent être précisés… »

Tacle sur Travert

« Le gouvernement doit maintenant passer aux actes », insiste de son côté la Confédération paysanne. Si les accords de libre-échange restent un point d’opposition, les confédérés saluent le « combat pour la planète » invoqué par Macron, dans lequel ils retrouvent leur engagement historique. « Nous espérons que Stéphane Travert a pris bonne note du discours et cessera constamment de saborder les aides à la transition », taclent-ils dans leur communiqué.

Après une manifestation en marge du déplacement présidentiel sur la question du loup, « nous nous félicitons qu’après de nombreuses actions et rendez-vous, le Président ait enfin pris la mesure de la situation en montrant son attachement au pastoralisme. Là encore il va falloir que ses ministres suivent et posent des actes à la hauteur du désespoir paysan », appuient-ils.

Le Couac de Macron

La Coordination rurale dénonce, quant à elle, une formulation pour le moins malheureuse employée par Emmanuel Macron : « Les crises que nous avons vécues ces dernières années, ont eu un résultat : qui était dans l’agriculture sans passion n’est pas resté ; qui était dans l’agriculture sans passion a mis un genou à terre et parfois pire. »

Cette « maladresse ou terrible jugement » ne passe pas. « Précisément parce qu’ils avaient l’agriculture chevillée au corps et au cœur, que telle était la passion de leur vie, certains agriculteurs en arrivent au suicide parce que désespérés par ce que certains ont fait de leur passion », rappelle la CR.

Alain Cardinaux