« Comme l’a rappelé le Premier ministre, le 19 juillet dernier, l’opportunité de ce projet n’est pas remise en cause. Cela étant, nul ne peut ignorer que le plan de financement n’est pas bouclé », a répondu, le 9 août 2017, Brune Poirson, interrogée à l’Assemblée nationale sur le sort réservé au Canal Seine-Nord par le gouvernement.

Manque de fonds

Pour la secrétaire d’État auprès du ministre de la Transition écologique, l’accord trouvé en novembre dernier entre L’État, les Régions Hauts-de-France et Île-de-France ainsi que les départements intéressés , ne suffira pas à mener le projet à son terme.

Et ce ne sont pas les « propositions complémentaires » faites par le président du conseil régional des Hauts-de-France, Xavier Bertrand d’avancer la participation de l’État qui s’élève à 1 milliard d’euros, qui semblent pouvoir résoudre la situation. « On ne peut pas promettre ce que l’on ne peut pas financer », a martelé Brune Poirson.

Une impasse financière de 10 milliards d’euros

« On ne peut plus fermer les yeux sur l’impasse de 10 milliards d’euros qui résulte de la somme des engagements pris sans vision d’ensemble ». La ministre pointe les engagements des précédents gouvernements pour financer les grands projets d’infrastructures de transport, comme le tunnel ferroviaire Lyon Turin et le canal Seine-Nord, pour les chantiers phares actuellement suspendus.

« Nous devons maintenant trouver de manière pragmatique des solutions soutenables sur chacun de ses projets. »

Les assises de la mobilité qui seront organisées à la rentrée par le ministre chargé des Transports, Elisabeth Borne, « permettront d’identifier les besoins de chaque territoire, d’examiner les ressources mobilisables, et de disposer ainsi d’une vision d’ensemble pour répondre à un impératif : adapter les besoins et les ressources. »

Une loi d’orientation en 2018

Le gouvernement fixera ses nouvelles priorités en matière de transports à l’horizon 2030, à l’issue de ce rendez-vous. Et, dans un premier temps, une loi d’orientation devrait être présentée au premier semestre 2018, avec une nouvelle programmation sur cinq ans.

Le Canal Seine-Nord prévoit de relier le bassin de la Seine, dont les ports normands, aux 20 000 km de réseau fluvial européen. Le coût du chaînon manquant, de 107 km à grand gabarit, est estimé à 4,7 milliards d’euros. Avec seulement 25 % de ses voies à grand gabarit, la France accuse un grand retard dans le fret fluvial par rapport à ses voisins : il ne pèse aujourd’hui que 4 % du fret global alors qu’il atteint 18 % en Belgique.

Le veto du Premier ministre

Le transport fluvial « est pourtant 3 fois moins consommateur de CO2 que le transport routier. Et une péniche moderne, c’est 200 camions et 3 kilomètres en moins sur le réseau routier », a rappelé à la ministre, la députée du Modem, Marguerite Desprez-Audebert (Pas-de-Calais), à l’origine de la question.

Édouard Philippe, ancien maire du Havre, s’est toujours opposé au projet du canal Seine-Nord, qui commence à résonner comme une arlésienne dans les Hauts de France, depuis son annonce… en 1992.

Rosanne Aries