Lors du prochain conseil européen de la fin de juin, Jean-Claude Juncker demandera aux dirigeants européens de reconfirmer le mandat de négociations donné à la Commission européenne pour mener les pourparlers du partenariat de commerce et d’investissement entre les États-Unis et l’UE (TTIP).

« Le président Juncker estime que le moment est venu de demander aux chefs d’État et de gouvernement de l’Union européenne de faire un état des lieux des négociations, en s’interrogeant sur où nous sommes et où nous voulons aller », a déclaré le porte-parole, Daniel Rosario.

Bruxelles espère une revalidation forte

La Commission a effectivement obtenu un mandat pour négocier de la part des 28. Mais devant le scepticisme affiché par de nombreux ministres et dirigeants, la Commission souhaite d’abord obtenir l’agrément politique des États membres. Elle espère d’ailleurs une « revalidation forte » de ses prérogatives.

Ces déclarations interviennent alors que François Hollande a clairement affiché sa volonté de ne pas conclure d’accord si les Américains ne faisaient pas de concessions. Le porte-parole de la Commission a déclaré que les pourparlers sur le TTIP sont entrés dans une « phase cruciale. Nous devons nous assurer que nous ramons tous dans la même direction », a-t-il poursuivi, alors que la possibilité de voir conclure un accord avant la fin de l’année s’estompe peu à peu.

Le Mexique entre dans la danse

Les blocages à l’OMC (Organisation mondiale du commerce) poussent les pays à négocier des accords bilatéraux. L’Union européenne n’échappe pas à la règle puisque des pourparlers ont débuté avec l’Asie du Sud-Est, le Mercosur (Argentine-Brésil-Paraguay-Uruguay) ou encore la Nouvelle-Zélande.

Lundi, le 30 mai 2016, la Commission a annoncé avoir engagé des pourparlers avec le Mexique, membre de l’Alena avec le Canada et les États-Unis, pour dynamiser les échanges commerciaux, en modernisant un accord entré en vigueur il y a plus de 15 ans. Un premier cycle de négociations devrait se tenir à Bruxelles à la mi-juin. Le ministre mexicain de l’Économie a déclaré souhaiter une signature avant la fin de l’année 2018.

Paris reste sur ses gardes

En déplacement à Bordeaux pour inaugurer la Cité du vin, François Hollande s’est livré ce 31 mai 2016, à un plaidoyer en faveur des appellations d’origine dans l’agriculture et l’élevage, assurant que la France ne sacrifierait pas ses intérêts à l’« obtention d’un accord » entre l’UE et les États-Unis sur un traité de libre-échange.

« Les indications géographiques contribuent au maintien de l’activité agricole dans notre pays. [...] Ce concept maintenant est partagé par de nombreux pays et la France défend et défendra les AOC partout dans le monde et notamment dans le cadre des négociations entre l’UE et les États-Unis », a assuré le chef de l’État.

François Hollande défend la diplomatie des terroirs

« Dans cette discussion engagée depuis plusieurs mois et que certains voudraient accélérer, il ne peut pas être question de sacrifier nos intérêts à l’obtention d’un accord. Nos appellations sont constitutives de notre patrimoine. Elles protègent non pas les producteurs mais les consommateurs. Elles garantissent la qualité de notre alimentation. »

« C’est ce que j’appelle la diplomatie des terroirs, non pas parce que nous voudrions nous refermer sur nous-mêmes, mais au contraire, parce que nous défendons un modèle », a encore déclaré le président de la République, qui venait d’inaugurer à Bordeaux la Cité du vin, en présence d’Alain Juppé, le maire de la ville et candidat à la primaire de la droite.

« La France n’acceptera pas de dispositions susceptibles de mettre en cause notre système agricole et alimentaire, notamment dans le secteur de l’élevage », a conclu François Hollande en précisant que « c’est avec le Mercosur aussi que nous devons poser ces principes-là ».

P.B. avec l’AFP