C’est en l’absence des ministres, Stéphane Le Foll pour l’Agriculture et Marisol Touraine pour les Affaires sociales, que les syndicats (FNSEA, JA, Confédération paysanne, Coordination rurale et Modef) ont débattu de l’avenir du régime social agricole, le 30 novembre 2016, lors d’une conférence organisée au ministère de l’Agriculture. « Cette absence peut paraître anecdotique, mais elle est révélatrice du peu d’intérêt pour le social agricole », se désole Christian Boisgontier, de la Confédération paysanne. Une déception partagée par l’ensemble des participants.

Le gouvernement a proposé à la profession de boucher une partie du déficit du régime de la retraite complémentaire obligatoire (RCO), auquel il manquera 150 millions d’euros (M€) à la fin de 2017 et 363 M€ à la fin de 2018. En contrepartie, l’État demande un effort des actifs agricoles par une augmentation du taux de la cotisation RCO de 0,5 % en 2017, puis de 0,5 % en 2018. Le taux de cotisation du régime de RCO resterait inchangé en 2016, soit 3 %.

Les syndicats divisés sur les solutions

Les professionnels interrogés sont défavorables à cette hausse des cotisations, compte tenu de la crise que traverse l’agriculture. « Nous sommes incapables de l’accepter. Il faut que la solidarité nationale joue pour financer la revalorisation des petites retraites agricoles », tranche Christian Boisgontier, de la Confédération paysanne. Il estime que cette proposition est d’autant plus injuste que la baisse de 7 points du taux Amexa (maladie) a principalement bénéficié aux plus aisés. Le syndicat demande qu’une nouvelle rencontre ait lieu, par exemple au sein du conseil supérieur d’orientation des prestations sociales agricoles.

Pour Armand Paquereau, de la Coordination rurale, une hausse des cotisations est « impossible ». « Les comptes des agriculteurs sont tellement dégradés, où trouveraient-ils l’argent ? » dit-il. Le syndicaliste souhaite qu’une réflexion sur le financement du régime de protection sociale soit menée. Il veut ressortir des cartons le dossier de la TVA sociale, un de ses chevaux de bataille de la Coordination rurale depuis des années.

Pour Robert Verger, de la FNSEA, « la revalorisation des retraites agricoles doit être financée par la solidarité nationale comme François Hollande s’y était engagé. C’est une aberration de faire porter le poids de ce plan retraite sur la RCO. » Le syndicaliste note que le gouvernement a fait une proposition de compromis, mais ajoute que « le syndicat n’a pas à la cautionner ». Il ajoute que lancer une réflexion sur le financement du régime et sa modernisation est intéressant, mais se demande « si c’est vraiment sérieux à quelques mois de la fin du quinquennat ».

Les retraités déçus

« Nous ne voulons pas que les actifs paient ! Ils ont déjà bien des soucis. Et il y a d’autres possibilités pour financer l’amélioration des petites retraites agricoles que la solidarité nationale », estime Pierre Esquerre, président de l’Anraf. L’association de retraités demande que les partenaires de l’agriculture soient mis à contribution : les coopératives, les assurances comme Groupama et les banques comme le Crédit Agricole dans un premier temps, puis, pourquoi pas, la grande distribution ou les industries alimentaires. Les anciens sont ressortis forcément déçus de cette réunion car le débat n’a pas porté sur l’amélioration de leurs faibles retraites. « Nous allons porter nos revendications auprès de tous les candidats à la présidentielle », conclut, toujours combatif, le président de l’Anraf.

Aurore Cœuru