Une réunion de diplomates de 132 pays la semaine dernière à Paris a souligné que « les changements d’utilisation des terres », ce qui comprend à la fois l’agriculture et l’artificialisation des terres, constituaient le facteur numéro un de perte de biodiversité.

Des responsabilités difficiles à quantifier

Depuis que l’agriculture existe, elle « fait pression sur la biodiversité, admet Thierry Caquet, directeur scientifique de l’environnement à l’Inra, en marge de cette réunion de la plateforme intergouvernementale sur la biodiversité (IPBES). Mais il est extrêmement difficile de quantifier la responsabilité de l’agriculture dans la perte de la biodiversité » dans la nature.

D’un côté, engrais et produits phytopharmaceutiques, largement utilisés depuis 70 ans, sont accusés d’être responsables de la disparition de nombreuses espèces animales et végétales, la chasse et la pêche y contribuant aussi.

De l’autre, en protégeant les plantes contre des ravageurs et des maladies, les insecticides, fongicides et herbicides permettent à ces mêmes plantes de mener leur cycle végétatif jusqu’au bout et de produire notamment des semences indispensables au cycle de la vie.

Une agrobiodiversité qui nourrit la planète

C’est d’ailleurs le lent travail de domestication et de croisement des espèces et des variétés, effectué par les agriculteurs depuis 12 000 ans, qui, en interagissant avec les pollinisateurs et les organismes du sol, a créé une agrobiodiversité qui nourrit la planète, souligne le Cirad.

Au sein d’un même paysage, la biodiversité est surtout menacée par « l’homogénéisation et l’artificialisation des terres, estime Marc Deconchat, écologue des paysages à l’Inra. Protéger la nature devrait être une priorité aussi bien en Amazonie que chez nous. »

Dans ses travaux, dans cinq régions de France, il cherche à savoir si les bois dans les paysages agricoles abritent des espèces d’insectes utiles aux cultures. « Prenez les carabes », souligne-t-il, « on a démontré que ces insectes prédateurs de limaces, chenilles et pucerons sont plus nombreux dans les lisières que dans les forêts. En plantant davantage d’arbres dans les bordures de champs, on pourrait peut-être limiter l’utilisation des pesticides qui servent à se débarrasser des limaces sur les cultures. »

Un verger concentrique

À Gotheron dans la Drôme, un verger expérimental vient d’être planté en cercles concentriques, et va servir pendant les 15 ans à venir à évaluer s’il est possible de produire des fruits avec zéro traitement chimique.

La méthode repose sur la diversité des plantes dans l’espace de production et leur organisation spatiale, « conçues pour limiter l’arrivée, la progression, l’installation des insectes » et ravageurs de cultures. Une double haie de châtaigniers et d’amandiers est conçue pour retarder la progression des pucerons et autres ravageurs.

Des nichoirs à mésanges, des perchoirs à rapaces sont installés pour éliminer les « mauvais insectes », et faire travailler au mieux ceux qui favorisent la pollinisation des plantes, les « auxiliaires ». Et ainsi de suite jusqu’au centre du cercle où se concentrent les espaces de production de fruits.

L’Inra plaide aussi pour l’installation de bandes fleuries pour accueillir les insectes « auxiliaires de culture » et les pollinisateurs comme les abeilles.

Face aux sécheresses à répétition, l’Inra expérimente des « prairies verticales », c’est-à-dire l’utilisation de feuillages d’arbres comme fourrage pour le bétail, en cas de manque d’herbe : un savoir ancestral des éleveurs remis au goût du jour par l’agroécologie, qui comporte aussi des techniques agronomiques de pointe, encouragées également par la FAO, l’agence de l’Onu pour l’agriculture et l’alimentation au niveau mondial.

En France, un domaine expérimental près de Dijon en Bourgogne est réservé à l’agroécologie : 120 hectares pour comparer différents systèmes de cultures allant du semis direct sans charrue à des techniques utilisant le travail du sol et se rapprochant de l’agriculture biologique.

AFP