Quel est l’impact de mon entreprise et de mes produits sur l’environnement et sur mon territoire ? Quel est l’impact de ma gestion sur les salariés ? Quelle image mes clients et mes fournisseurs ont de mes produits ? Le cabinet d’expertise comptable Exco Fiduciaire du Sud-Ouest (FSO) (1) a réuni une poignée d’agriculteurs landais le 19 décembre 2016 à Commensacq, en Haute Lande, pour s’interroger sur leurs pratiques, et sur la responsabilité sociétale de leur entreprise (RSE).

À la recherche de « la performance globale »

Éleveurs, viticulteurs, producteurs d’asperges, céréaliers, ces dirigeants cherchent à atteindre la « performance globale » de leur exploitation agricole. Et la RSE est un bon moyen d’y parvenir. Ce n’est pas une nouvelle certification avec un cahier des charges à respecter. C’est une évaluation certifiée par une norme reconnue internationalement : l’ISO 26000. Elle évalue la démarche des entreprises autour de sept questions : la gouvernance, les droits de l’homme, les relations et conditions de travail, l’environnement, la loyauté des pratiques, les questions relatives aux consommateurs et la communauté, et le développement local.

« Chacun y vient pour des motivations différentes, relate Yann Chabin, universitaire et expert en RSE. Améliorer l’image de ses produits, fidéliser ses salariés, convaincre le banquier de l’accompagner sur des projets innovants, se faire connaître auprès des collectivités locales pour ne pas être lésé par un nouveau plan d’urbanisme… » Associé avec Exco FSO dans la société M’RSE pour accompagner les agriculteurs vers la durabilité de leur entreprise, il estime que l’un des enjeux forts de la RSE est aussi la transmission de l’entreprise hors cadre familial.

La communication, le nerf de la guerre

« Une entreprise qui sait communiquer sur sa RSE attire de nouveaux partenaires commerciaux, de nouveaux clients, de nouveaux salariés », constate Yann Chabin. Ces dernières années, il a accompagné des négoces, des agrofournisseurs, des agroéquipementiers et beaucoup de viticulteurs. Les agriculteurs ne se sont pas encore lancés, mais le mouvement est en marche. Coop de France et des chambres d’agriculture commencent à s’y intéresser.

Ce jour-là dans les Landes, ce sont des agriculteurs indépendants qui s’engagent. Car la RSE est d’abord une démarche individuelle, volontaire. « C’est au dirigeant de fixer sa stratégie pour inscrire son entreprise dans la durabilité environnementale, sociale, économique, explique Céline Pouysegur, consultante chez Exco FSO. L’implication des salariés est primordiale. C’est un projet à construire ensemble. » Dans le RSE, il peut aussi y avoir des aspects collectifs, à négocier avec ses partenaires commerciaux ou ses voisins agriculteurs. Quand on veut, par exemple, passer en zéro phyto, mieux vaut que les champs d’à côté le soient aussi.

Des bénéfices manifestes

Les bénéfices retirés par les entreprises engagées sont manifestes. De nouveaux marchés, des salariés impliqués et fidèles, de nouveaux rapports avec les acteurs locaux, des charges en moins et donc souvent, des bénéfices substantiels qui font relativiser le coût et l’investissement humain de départ : un an à 18 mois de travail pour remettre les pratiques à plat. « La RSE devient un avantage compétitif que vous ne partagez pas », assure Yann Chabin.

Les agriculteurs présents ce jour-là à la réunion, comptent bien garder un temps d’avance sur leurs collègues. C’est décidé, ils vont s’engager. L’un d’eux a résumé leur philosophie : « Fais-toi payer ce que tu vaux, sinon tu vaudras ce qu’on te paie. Aller dans cette démarche, c’est mettre en avant des valeurs et se faire payer à leur hauteur. »

(1) FSO est membre du réseau AgirAgri

Arielle Delest