Malgré un vote à une large majorité, les réactions négatives se succèdent après l’adoption en première lecture du projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation par les députés, mercredi 30 mai 2018. Dans les rangs de l’Assemblée nationale tout d’abord : si ce texte constitue « un tournant » pour la majorité LREM, pour la droite, au-delà « d’une philosophie générale plutôt positive » (Jérôme Nury, LR), le « compte n’y est pas » (Thierry Benoît, UAI), notamment face à la concentration des centrales d’achat de la grande distribution. « Cela ne changera rien pour les agriculteurs, qui resteront la proie mortifère de la libre concurrence », estime de son côté Sébastien Jumel (PCF).

« Un échec »

Sensibles aux critiques des syndicats agricoles, déçus par une copie du gouvernement en deçà de leurs attentes, des députés de tous bords ont pourtant musclé le texte dans un sens plus favorable aux producteurs sur la fixation des indicateurs de prix ou les sanctions contre les distributeurs. Pas suffisant pour emporter leur adhésion. « Cette loi permet-elle d’assurer aux agriculteurs un revenu décent et digne ? Non ! Aujourd’hui encore les engagements pris ne permettent toujours pas de garantir aux agriculteurs un prix correspondant à leurs coûts de production. À partir de là, on ne peut que considérer cette loi comme un échec », tacle Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale.

La FNSEA se montre plus mesurée, saluant la mobilisation des députés et le renforcement de « la construction du prix en marche avant ». Mais « les avancées ne doivent pas masquer l’absence de réponse au besoin de compétitivité des agriculteurs qui sont chaque jour un peu plus soumis à une concurrence déloyale de leurs productions, regrette-t-elle, en référence aux accords de libre-échange actuellement en négociation.

La vision libérale et faussement angéliste du gouvernement continue d’exposer les paysans aux importations déloyales.La Confédération paysanne, 30 mai 2018

Colère aussi de la Confédération paysanne, selon qui « les députés ont refusé d’inscrire dans la loi les mesures qui redonneraient du revenu aux paysannes et aux paysans. Enfermée dans une idéologie selon laquelle le bon vouloir des industriels et des distributeurs suffirait à mieux rémunérer les producteurs, cette loi consacre le désengagement de l’État sur les interprofessions. Ces mêmes interprofessions où, rappelons-le, l’aval a droit de véto sur toutes les décisions ! »

Colère des écologistes…

Du côté des associations de défense de l’environnement et de leurs sympathisants, c’est le titre II du projet de loi, consacré à l’alimentation de qualité, au bien-être animal et à l’utilisation des produits phytosanitaires, qui a déchaîné les passions. Pour Générations futures, l’absence de mention en faveur d’une de sortie du glyphosate d’ici à 2021 constitue « une trahison ». Le député LFI Loïc Prudhomme a, quant à lui, épinglé « les renoncements » d’Emmanuel Macron et une loi « vide de sens ». Quant aux militants de la cause animale, ils n’ont pas obtenu gain de cause malgré leurs milliers de mails et de tweets à destination des députés, et du renfort de quelques célébrités.

… Et des grandes cultures

Dans la lignée de la FNSEA, les représentants des grandes cultures (AGPB, AGPM CGB Fop) se félicitent que l’adoption « d’amendements alourdissant encore plus les contraintes de nos exploitations » ait été évitée. Mais « ce projet de loi fait l’impasse de la réalité économique, s’insurgent-ils. Les organisations s’opposent notamment aux « nouvelles charges induites par la séparation des activités de vente et de conseil » et à l’interdiction des remises, rabais et ristournes dans les contrats de vente de produits phytopharmaceutiques. « Elles entraîneront un surcoût de plus de 500 millions d’euros par an pour les exploitants, estiment-elles.

Les uns et les autres, chacun pour défendre ses positions, en appellent à la responsabilité des sénateurs, chargés désormais de l’examen du texte.

Retrouvez les principales mesures du texte.

Alain Cardinaux avec l’AFP