« Je suis agriculteur sur la frange ouest de la Seine-et-Marne, où se trouvent les derniers champs avant Paris. Une de mes parcelles, d’un hectare et demi, est située près d’un lotissement. Elle comporte un petit bois en son centre, et plusieurs décrochements. Autant dire qu’elle n’est pas facile à cultiver.

Depuis presque une décennie, j’avais quelques difficultés relationnelles avec les riverains qui se plaignaient de la poussière, de la terre sur le chemin, même si je l’enlevais, etc. Une fois, j’y avais implanté du chanvre, culture verte par excellence. Mais rien n’y faisait.

D’abord une jachère

Finalement, j’ai décidé de mettre ce terrain en jachère. Je ne voulais pas me battre avec mes voisins. La première année, il n’y a rien eu de spécial à signaler. Seulement voilà, la deuxième année, des gens du voyage s’y sont installés de fin juin à début septembre. Ils faisaient leurs besoins dans le bois et profitaient de la borne à incendie à proximité pour s’alimenter en eau.

J’ai demandé au maire d’intervenir. Mais cette communauté connaît parfaitement la procédure et sait qu’elle ne peut pas être délogée les trois premières semaines. Elle quitte les lieux la veille de l’expulsion, pour ensuite revenir s’établir trois nouvelles semaines. Il va de soi que les riverains étaient furieux. Ils se sont rendu compte qu’il y avait pire voisin qu’un agriculteur ! Ils m’ont alors demandé de remettre ma parcelle en culture.

Les résidents m’ont applaudi

Quand les caravanes sont parties, j’y suis allé pour retourner la terre. À mon arrivée dans le champ, avec mon cover-crop, des résidents sont sortis de leur maison pour m’applaudir.

Cet épisode a été bénéfique pour nos relations. Maintenant, ils me font signe avec un « bonjour », quand j’interviens. Bien évidemment, je reste vigilant quant à la propreté du chemin.

« Après l’occupation sauvage de ma parcelle, les riverains ont compris qu’il y avait pire voisin qu’un agriculteur ! »

Rebelote, près d’une autre parcelle, j’ai eu affaire à des empêcheurs de tourner en rond. Je leur ai signalé : « Si à chaque fois que je travaille dans mon champ vous appelez la mairie ou la gendarmerie, réfléchissez aux conséquences au cas où j’arrêterais de cultiver… »

Rassurez-vous, avec 90 % de mon voisinage, ça va bien. Je suis prêt à faire des efforts, comme décaler mes horaires pour ne pas entrer dans la parcelle un samedi midi, à l’heure où fume leur barbecue. Mais, dans mon métier, c’est tout de même la météo qui commande. »

Propos recueillis par C. Yverneau