Dix heures de discussion auront été nécessaires pour valider le rapport d’orientation de JA (Jeunes agriculteurs), destiné cette année à la gestion des risques. Un sujet qui a suscité beaucoup d’intérêts de la part des régions durant ce 51e congrès, particulièrement marqué par les crises, les aléas climatiques en tête. À Dunkerque (Nord), 600 jeunes ont ainsi fait le déplacement, les 6 et 7 juin 2017, pour peser sur les échanges. 200 de plus sont attendus aujourd’hui pour assister à une table-ronde sur la future Pac.

Plus de formation

Les rapporteurs, Baptiste Gatouillat, Raphaël Louison et Nicolas Sarthou, ont tout d’abord rappelé les carences en matière de gestion des risques pour le jeune qui s’installe. Peu, voire pas du tout formé à cet aspect du métier, « le jeune qui s’installe est pourtant rendu plus sensible aux risques encore que n’importe quel autre exploitant, compte tenu des investissements que nécessite une exploitation », a rappelé Baptiste Gatouillat.

Déclinant le sujet à l’échelle européenne, nationale et ultra-locale d’une exploitation, les rapporteurs ont énuméré des solutions pour y parer faisant notamment la part belle à la formation. Le sujet des assurances a aussi particulièrement mobilisé l’assemblée. « C’est quelque chose qui fait peur, qui n’est pas toujours clair, et surtout rarement adapté à la diversité des régions et des exploitations », a-t-il poursuivi.

Rééquilibrer les forces

Objet de controverses, voire de polémiques, mais aussi souvent avancées comme principale solution face aux aléas, les assurances sont pointées du doigt pour leur coût. « Pour pallier le manque d’informations en la matière, et surtout équilibrer les forces entre agriculteurs et assurances », a bien insisté JA. Le syndicat a plaidé en faveur de la mise en place d’un groupement pour une assurance mutualiste agricole (Gama).

Le Gama aurait un rôle de négociant entre les agriculteurs et les assureurs. Il émettrait des appels d’offres. Il aurait aussi une mission de conseil et d’audit auprès des exploitations. « Il pourrait ainsi négocier plusieurs contrats d’assurance « cadres » avec l’État, qui seraient ensuite proposés aux assureurs, a expliqué Baptiste Gatouillat. Il négocierait des contrats spécifiques par filière. En bout de course, les adhérents pourraient ainsi choisir le contrat le mieux adapté à leur exploitation. »

Un conseil indépendant

L’objectif est la mise en œuvre d’un conseil indépendant en matière de gestion des risques, mieux adapté aux besoins de chaque exploitant, et de réduire également les coûts d’assurance par la mutualisation. Pour assurer le fonctionnement du Gama, JA préconise enfin de prélever un pourcentage sur les contrats souscrits.

L’idée n’est pas nouvelle : les auteurs du rapport se sont en effet inspirés des Italiens et de leur Condifesa : des associations d’agriculteurs assurés, « très utiles entre les agriculteurs et les assurances », et qui va même jusqu’à avancer les contributions publiques pour éviter le délai entre la demande d’indemnisation et le versement.

Un bémol

« C’est la pierre angulaire de notre rapport, le but n’étant surtout pas que le Gama vende des assurances mais qu’il ait un rôle de facilitateur, d’intermédiaire entre les agriculteurs et les assureurs. » Seul bémol pour JA, l’obligation de recourir à un outil de gestion des risques, notamment l’assurance récolte, n’a pas été validée par l’assemblée.

Lors de son discours, le 7 juin, le ministre de l’Agriculture a indiqué vouloir s’assurer « que les agriculteurs soient toujours plus nombreux à mobiliser les outils de gestion de risque ce qui, il faut bien le reconnaître, n’a pas toujours été le cas jusqu’à aujourd’hui ». Pour Jacques Mézard, l’effort doit notamment passer par un renforcement de l’assurance récolte et du fonds de mutualisation sanitaire et environnementale (FMSE).

Rosanne Aries