« Le président de la République a décidé de ne pas poursuivre le projet Europacity », a indiqué l’Élysée, estimant qu’il « ne correspond plus aux aspirations de nos concitoyens ». La décision a suscité la colère des porteurs du projet, mais la satisfaction de ses opposants, même si plusieurs ONG ont appelé à rester vigilants pour que les terres agricoles soient préservées par le futur « projet alternatif » voulu par le président.

Une grande satisfaction pour les opposants au projet

« C’est une grande satisfaction », a réagi Bernard Loup, le président du Collectif pour le Triangle de Gonesse (CPTG), opposant historique au projet. Le mégacomplexe pesant 3,1 milliards d’euros devait s’établir sur ce que le CPTG qualifiait de « terres les plus fertiles de l’Île-de-France », le triangle de Gonesse, coincé entre les aéroports de Paris-Charles-de-Gaulle et du Bourget. Fait rare, les syndicats agricoles s’étaient aussi unanimement opposés au projet.

Emmanuel Macron souhaite faire émerger un « projet alternatif » qui pourrait être implanté sur une zone géographique plus étendue et qui devra être « plus mixte, plus moderne, sans créer un pôle démesuré de consommation, de loisirs et d’objets », selon l’Élysée. Il a confié « la mission à Francis Rol-Tanguy, ancien directeur de l’Atelier parisien d’urbanisme, de travailler avec les élus à l’élaboration d’un nouveau projet ».

Cinq millions d’hectares perdus en 40 ans

« Entre 1980 et aujourd’hui, la surface agricole utile totale en France, composée de terres à labour, de prairies et de zones de viticulture, a été réduite de 32 à 27 millions d’hectares avec la construction d’aménagements routiers, commerciaux et urbanistiques, ce qui est un gaspillage et une perte énorme » au moment où tout le monde ne parle que d’environnement, a indiqué Emmanuel Hyest, le président des Safer.

« L’abandon d’Europacity est une satisfaction car ce projet était un temple de la surconsommation », a réagi Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA, qui préfère garder ces « terres fertiles » pour « nourrir le ventre de Paris ». Pour la Safer, protéger les terres agricoles est un « enjeu de société. C’est d’abord un enjeu de sécurité alimentaire, ajoute Emmanuel Hyest, car l’autonomie alimentaire d’un pays dépend de ses surfaces agricoles. »

« On risquerait de perdre l’autonomie alimentaire »

En bétonnant les terres agricoles, on devient de plus en plus dépendant des importations de produits alimentaires : « Dans un monde difficile, avec des conflits comme actuellement, si les flux d’importation devaient s’arrêter, on risquerait de perdre l’autonomie alimentaire du pays », s’alarme-t-il. Mais la lutte contre l’artificialisation des terres revêt aussi un enjeu climatique important, ajoute-t-il.

« Les terres agricoles facilitent la captation de l’eau de pluie et permettent son infiltration, donc le remplissage des nappes phréatiques, alors que l’eau ruisselle sur le béton sans s’infiltrer », complète Emmanuel Hyest. Sans compter la captation du carbone par la photosynthèse des plantes cultivées ou des prairies, un enjeu déterminant de la lutte contre le réchauffement climatique.

Arrêter de ponctionner les zones agricoles

« Il faut d’abord éviter que les zones commerciales se concurrencent les unes les autres comme c’était le cas à Europacity, il faut renouveler le bâti commercial ou industriel sur place : si un bâtiment n’est plus d’actualité, on le démonte et on le reconstruit plutôt que d’aller plus loin en construire un autre ; il y a déjà beaucoup de collectivités qui fonctionnent comme cela. Et enfin, il faut arrêter de construire des parkings à l’air libre », suggère Emmanuel Hyest.

Pour Christiane Lambert, « les agriculteurs d’Ile-de-France sont tout à fait capables » de fournir des denrées pour nourrir les Parisiens sur la zone où était prévu Europacity. « Sur ces espaces […], les agriculteurs peuvent signer des contrats de production avec les collectivités locales pour respecter les obligations de production » de 50 % de produits locaux et de qualité imposées aux cantines par la récente loi alimentation (EGAlim), suggère-t-elle.

Passer des contrats avec les collectivités

Au passage, Christiane Lambert se dit « tout à fait opposée » aux propositions récentes de la maire de Paris Anne Hidalgo, qui souhaite acheter du foncier autour de la capitale pour faire produire des agriculteurs. « Il est tout à fait possible aux collectivités de passer des contrats de longue durée avec des agriculteurs pour des produits bio ou en agriculture raisonnée », propose plutôt Christiane Lambert.

« Il vaut mieux encourager les filières de production locale que de soviétiser l’agriculture » et « d’asservir les agriculteurs à la mairie de Paris, lance la présidente de la FNSEA. Nous souhaitons que les terres qui ne seront pas Europacity restent aux agriculteurs. »

La ministre de la Transition écologique, Elisabeth Borne, a annoncé lors d’un conseil de défense écologique la création d’un groupe de travail sur l’artificialisation des sols, piloté par le ministre de la Ville et du Logement, Julien Denormandie, et la secrétaire d’État à la Transition écologique, Emmanuelle Wargon, « travaillant à des propositions concrètes pour atteindre l’objectif de « zéro artificialisation nette ».

AFP