Comment a évolué le nombre de demandes d’évaluation des exploitations ces derniers mois ?

Bruno Chapelier, expert foncier agricole et exploitant dans le département du Cher, spécialisé dans l’évaluation d’exploitation agricole et l’assurance : Depuis la récolte de 2016, nous avons énormément de sollicitations des agriculteurs qui souhaitent faire évaluer leur entreprise agricole. Au cours des années précédentes, nous faisions des estimations d’exploitations essentiellement dans le cadre du renouvellement naturel, pour des exploitants qui arrivaient en fin de carrière, avec cependant quelques accidents de la vie ici et là. Mais ils étaient minoritaires.

2016, qui fait suite à deux années déjà difficiles, a amené sur le marché beaucoup d’exploitations agricoles, des gens qui en ont marre, qui veulent arrêter. Ce sont le plus souvent des gens qui n’ont pas le moral. J’ai rencontré des situations extrêmement difficiles ces derniers mois… Ces derniers jours, un éleveur m’a dit : « Je ne vais même plus voir mes vaches. » Ou encore, à la fin d’un entretien, c’est une épouse qui vient me voir en disant : « Attention, soyez prudent, il n’a pas le moral. » C’est aujourd’hui une vraie réalité. Il y a une lassitude du manque de résultats. 2016, je n’avais jamais connu ça.

Qui sont les exploitants qui vous appellent ?

Hier et avant-hier, c’étaient principalement des éleveurs. Aujourd’hui, ce sont des exploitations mixtes (céréale et élevage), voire spécialisées uniquement en grandes cultures, sur des régions où la rentabilité a considérablement baissé. Je suis inquiet du paysage agricole à court terme, à 5 ans. Nous en discutons beaucoup entre confrères et avec les organisations professionnelles agricoles. Et nous partageons le même constat : nous avons beaucoup de mal à évaluer le paysage agricole des années à venir. Il y a non seulement un problème de renouvellement de générations mais aussi un problème de rentabilité qui l’accentue.

Que conseillez-vous à ces exploitants en difficulté ?

Nous intervenons tout d’abord pour évaluer les entreprises agricoles puis accompagner leurs exploitants vers la cession. C’est au cours de cet accompagnement, que je conseille aux agriculteurs en difficultés – même si c’est difficile alors pour eux de le faire – d’essayer de bien présenter leur exploitation, de mettre tous ses atouts en avant. Le but est de nous aider à mettre en évidence les points forts de leur entreprise, un cheptel qui produit bien, des bâtiments adaptés… Toutes les entreprises ont au moins un point fort. Il est fondamental que l’exploitant s’ouvre à l’expert, lui donne tous les éléments, de façon à ce qu’il fasse la sortie la plus honorable possible.

Qu’observez-vous du côté des repreneurs ? Qui sont-ils ?

Tout d’abord, il est important que ces repreneurs fassent eux aussi appel à un expert – qui peut d’ailleurs être le même que le cédant. Car quand ils s’installent, ils doivent bien mesurer le potentiel de l’entreprise qu’ils veulent acheter, être très prudents sur leurs investissements et enfin, se sécuriser au travers de produits assurantiels qui sont incontournables. Alors qui sont-ils ces repreneurs ? Eh bien, nous constatons qu’il s’agit surtout d’agrandissements. Peu d’installations. Ce que l’on voit, c’est que les entreprises grossissent mais jusqu’où et comment ? Comme je le disais, nous avons beaucoup de mal à évaluer le paysage agricole de demain.

Propos recueillis par Rosanne Aries