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Phytos, négociations commerciales, et bio au menu d’Édouard Philippe

États-généraux de l’alimentation
 - Phytos, négociations commerciales, et bio au menu d’Édouard Philippe
© Twitter/E. Philippe

Hier soir, le 21 décembre 2017, le Premier ministre a conclu les États-généraux de l’alimentation par la présentation d’un projet de loi sur les relations commerciales, sur fond de questionnement sur la bonne volonté de la distribution, et en l’absence remarquée de Nicolas Hulot.

Ces États-généraux laissent un goût d’inachevé, mais fallait-il en attendre autre chose ? Non, à en croire Édouard Philippe, le Premier ministre, venu les conclure hier, le 21 décembre 2017. « Ces États-généraux ne sont pas vraiment achevés, c’est un processus qui doit durer », indique-t-il en dévoilant le projet de loi censé rééquilibrer les relations commerciales.

Une loi au premier semestre

Le gouvernement déposera donc au début de 2018 un projet de loi sur les négociations commerciales. L’idée : remettre totalement à plat les règles du jeu. Cette loi imposera aux distributeurs un seuil de revente à perte de 10 % sur les denrées alimentaires. Elle sera votée d’ici à la fin du premier semestre de 2018, promet Édouard Philippe.

En clair, les supermarchés seront obligés de revendre au minimum un produit alimentaire au prix où ils l’ont acheté majoré de 10 %, pour tenter de couvrir les frais de logistique et de transport auparavant assumés par les industriels et producteurs. L’objectif de cette mesure est « d’essayer de rééquilibrer les relations commerciales au profit du revenu des agriculteurs ».

Édouard Philippe promet aussi un encadrement en valeur et en volume des promotions, et une refonte de la contractualisation entre agriculteurs et transformateurs mais aussi entre fournisseurs et grande distribution. La logique actuelle serait inversée : ce sont les producteurs et leurs organisations qui soumettraient les termes du contrat à leur acheteur, en prenant en compte leurs coûts de production.

Les distributeurs posent les limites

« Nous étions favorables à ces trois mesures, nous sommes donc satisfaits », commente Jacques Creyssel, le président de la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). En revanche, « nous attendons des précisions : nous ne souhaitons pas que les mesures annoncées de simplification du code du commerce se traduisent par une remise en cause de la liberté de négociation. »

« Les informations qui me remontent sur les négociations en cours confirment l’utilité de légiférer, affirme Stéphane Travert, le ministre de l’Agriculture, qui a ouvert la journée. Et dans l’attente de la loi […], j’en appelle à la responsabilité de chacun pour que nous sortions de la spirale mortifère de la destruction de valeur. »

Ces propos font écho aux négociations commerciales en cours, et à la charte d’engagement signée par les acteurs de la filière. « Le gouvernement réunira le groupe de suivi des négociations commerciales au début de l’année, pour faire un point précis sur leur déroulement, prévient Édouard Philippe. Nous en tirerons les conséquences sur les contrôles à effectuer et sur le contenu des textes en préparation. »

Des décisions sur les phytos à venir

Mais hier, c’est surtout Nicolas Hulot qui a brillé lors par son absence. Au point de pousser les ONG a réagir, déplorant que les « décisions sur la phase sociétale et environnementale (soient) reportées à plus tard ». Le Premier ministre leur a pourtant apporté un certain nombre de réponses. Notamment sur le dossier des produits phytosanitaires et l’agriculture biologique.

Concernant les phytos, le discours du Premier ministre est clair et ne sort pas de la feuille de route tracée par Emmanuel Macron : « Vous savez que le gouvernement s’est engagé à rendre publiques, d’ici à la fin de l’année, des propositions pour limiter l’usage des pesticides et sortir du glyphosate dans un délai de trois ans, comme l’a demandé le président de la République ».

Les modalités de mise en œuvre du calendrier d’élimination progressive des phytos, dont le glyphosate, seront précisées « au plus tard » à la fin du premier trimestre de 2018, assure-t-il. « Il ne s’agit pas de changer seulement une méthode de culture, mais parfois toute une filière. Et ça, ça se prépare, ça s’organise, ça s’accompagne. »

Concernant le développement de l’agriculture biologique, le Premier ministre annonce que le gouvernement est prêt à reprendre l’objectif de 15 % de la SAU française en 2022. Mais il souhaite « que l’on évalue dès maintenant les risques de dérapage budgétaire pour éviter les mauvaises surprises » comme cet été.

Avec l’AFP
Réactions

Les réactions des syndicats agricoles portent surtout sur la loi à venir censée encadrer les relations commerciales au sein des filières. « L’engagement de tous les acteurs doit être réel, prévient Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA. Ce n’est pas le cas aujourd’hui, la charte n’est pas respectée. »

De son côté, la Coordination rurale attendre cette loi « qui sanctuarise le fait de rémunérer l’agriculteur au-dessus de ses coûts de production ». « Il faut que tout le travail effectué depuis cinq mois serve à quelque chose ! » affirme Michel Le Pape, son représentant aux États-généraux de l’alimentation.

Dans son communiqué diffusé le 22 décembre 2017, le syndicat souhaite aussi que la loi oblige à « une traçabilité intégrale et transparente des origines et des marges des produits alimentaires, cette traçabilité étant nécessaire pour maintenir un dialogue éclairé avec les consommateurs ».

Quant aux chambres d’agriculture, elles se félicitent du contenu du projet de loi à venir. « Les propositions visant à renforcer la lutte contre le gaspillage et l’éducation alimentaire à l’école vont également dans le bon sens », estiment-elles dans un communiqué diffusé le 22 décembre 2017.

Les chambres d’agriculture ajoutent que « pour réussir cette transition, il est indispensable de faire le lien entre la recherche, les plans de filière, la multiperformance des exploitations et les projets territoriaux ». Et de demander au gouvernement un pilotage transversal de la transition.

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Commenter cet article 5 commentaires
Dominique

S'ils ne veulent pas augmenter le budget pour le bio, je ne vois pas comment ils peuvent faire; passer les surfaces bio de 5% à 15% ; cela équivaut à multiplier par trois le bio. Si c'est en rabotant les aides de ceux qui se sont engagés (ce qui est déjà commencé), ça va coincer. Quand à se défausser sur les régions sans leur donner de budget, en pensant qu'on ne s'en aperçoit pas, c'est nous prendre pour des imbéciles. Quand à l'élimination des phytos telle qu'ils la prévoient, ou bien ce sont des poètes, ou bien ils n'y connaissent rien à l'agriculture , ou bien ils baratinent l'opinion qui gobe tout ça sans voir que c'est irréaliste.

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J CHARLES MONNIER

En résumé : Tout va être bien dans le meilleur des mondes pour tous les agriculteurs,
" " Honni soit qui mal y pense................""

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turbulette

Les EGA une belle couillonnade comme on dit chez nous. Rien de mieux pour les producteurs mais toujopurs plus de contraintes!

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FOX40

Il n'y a pas à dire, à l'ENA, ils apprennent bien à raconter n'importe quoi dans la plus grande décontraction et le plus grand sérieux.
Comment croire une seconde à une "élimination progressive des phytos" (même les phytos "bio"?) alors que l'agriculture française perd chaque année, des parts de marché.
Comment croire également notre Président, quand il souhaite des prix de vente en fonction des prix de revient?
Au lieu de vouloir nous faire prendre nos vessies pour des lanternes, il serait plutôt plus intelligent de regarder les moyens d'abaisser nos coûts de production afin d'être compétitif.
Mais manifestement, électoralement, ce n'est pas porteur: c'est une leçon qu'ils ont bien apprise à l'ENA.

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JM_B

Tant que le bio n'est envisagé que sous l'angle du "dérapage budgétaire", il ne sortira pas de l'ornière déflationniste dans lequel consommateurs et distributeurs veulent le voir évoluer.
Avoir un niveau de vie correct pour un agriculteur bio (par des prix et/ou des primes) doit être une condition obligatoire si l'on veut développer massivement l'agriculture biologique. Or ni l'état, ni les consommateurs ni les distributeurs ne veulent régler la note.
Malheureusement, pour l'opinion publique, un bon agriculteur est un agriculteur pauvre.

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