« Il a compris qu’il y avait de vrais enjeux ; il s’engage, il veut que nous nous engagions, mais la nature et le cadencement de ses engagements sont encore à clarifier », réagit Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, après l’allocution du président de la République, au terme de la première phase de ces États-généraux. Elle se félicite de la reprise par le chef de l’État d’un « certain nombre » de propositions formulées par les ateliers.

Tous les Français ne mangeront pas bio demain.Christiane Lambert

En revanche, le syndicat voit le président comme un « donneur de leçons », notamment « sur les marchés qui ne marchent pas, des gens qui devraient arrêter parce que leur modèle ne marche pas ».

Car pour Christiane Lambert, la montée en gamme, c’est ce que prône le syndicat ; néanmoins, « tous les Français ne mangeront pas bio demain ». D’ailleurs, le syndicat rappelle que ladite montée en gamme ne se fera pas sans prix.

« Vous pouvez compter sur les producteurs de grandes cultures pour prendre leur responsabilité et être constructifs. Cependant, les producteurs de grandes cultures attendent de votre gouvernement une démarche co-construite, dotée d’une vision économique, basée sur la science mais aussi sur une confiance renouvelée », lancent les acteurs de la filière Grandes cultures (AGPB, APGM, CBG, FOP) dans un communiqué diffusé le 16 octobre 2017.

Ces derniers réclament la fin des distorsions de concurrence européennes ou internationales. « Il n’est pas acceptable que la Politique agricole commune permette à nos voisins de disposer d’aides plus conséquentes et que du fait d’une sur-transposition française, ils bénéficient d’une réglementation plus souple que celle imposée aux producteurs français », insistent-ils.

« Dans le même sens, ajoutent-ils, les politiques communautaires ne doivent ni déstabiliser (biodiesel argentin -Mercosur), ni remettre en cause des orientations définies telle la proposition de directive énergies renouvelables pour les biocarburants. De telles remises en causes ont des conséquences bien au-delà du seul secteur concerné, sur l’ensemble de l’agriculture française (dépendance protéines pour les filières animales) ».

Guerre des prix bas

S’agissant du rôle de la distribution, Christiane Lambert se félicite d’un « diagnostic unanime », selon lequel « la guerre des prix bas nous emmène dans le mur ». Elle tacle au passage à nouveau Michel-Edouard Leclerc, « celui qui s’est érigé en disant “je suis le grand défenseur des prix bas et j’ai raison face à tous” est claqué cet après-midi ».

Emmanuel Macron n’est pas tombé dans le piège que lui tendaient les représentants des multinationales en réclamant une réforme du seuil de revente à perte sur l’ensemble des produits de grande consommation.Michel-Edouard Leclerc

Pourtant, Leclerc en personne salue les annonces, et se félicite de voir Emmanuel Macron exiger une transformation générale du secteur agricole. Il assure être sur la même ligne que le chef de l’État. Ce dernier a annoncé une loi pour rééquilibrer les contrats entre agriculteurs et distributeurs, mais a rejeté « une approche uniforme ». « Premier sentiment : un grand soulagement », réagit Michel-Edouard Leclerc sur son blog.

« Emmanuel Macron n’est pas tombé dans le piège que lui tendaient les représentants des multinationales en réclamant une réforme du seuil de revente à perte sur l’ensemble des produits de grande consommation », déclare le patron des supermarchés Leclerc.

Des doutes sur les moyens d’action

Si la Coordination Rurale se félicite elle aussi de la position d’Emmanuel Macron, elle nuance néanmoins en affichant son scepticisme quant aux moyens d’action. Si le président souhaite une rupture au niveau de la politique agricole commune (Pac), le syndicat assure qu’il est impossible d’attendre 2020 pour faire bouger les lignes.

Contrer la vision passéiste du libre-échange débridé qui irrigue la Commission européenne.La Coordination rurale

La CR rebondit sur les échanges, rappelant que la Commission européenne « réduit encore les droits d’importation du maïs, se pose la question de stopper l’achat d’intervention pour le lait, décide unilatéralement de l’application provisoire de traités de libre-échange (Ceta), propose d’accorder un quota d’importation de viande au Mercosur… » Le syndicat somme les chefs des États européens de reprendre la main sur la Pac « pour contrer la vision passéiste du libre-échange débridé qui irrigue la Commission européenne ».

De son côté, le Modef estime que des « orientations et des choix essentiels se dégagent de l’intervention présidentielle » comme « un prix rémunérateur, fixé par la profession. […] Cependant, en y regardant d’un peu plus près et en prêtant une oreille attentive, l’enthousiasme de départ retombe très rapidement ».

Le syndicat se méfie du « changement de paradigme » souhaité par Emmanuel Macron concernant les relations de filière. « Dans les deux mois à venir, les moyens aux soutiens de la politique gouvernementale devront être trouvés ! Face à la grande distribution qui n’a aucunement l’intention de rogner sur ses marges et aux transformateurs multinationaux qui rêvent de s’approvisionner au plus bas prix, il nous semble difficile d’imaginer le moindre souffle de solidarité envers la paysannerie. »

Vigilance

Du côté de la Confédération paysanne, l’heure est à la vigilance. Elle attend la « transformation en actes de ce discours. L’orientation économique, la relocalisation des productions, la transparence et le partage de la marge doivent se traduire dans les faits, note-t-elle. De même, nous ne savons pas comment ces annonces pourront s’accommoder de la dure réalité de l’orientation libérale de la Commission européenne, notamment en ce qui concerne les accords de libre-échange. La régulation des marchés et l’accompagnement de la transition doivent redevenir les axes de la Pac. »

Nous ne pouvons que nous réjouir que le président évoque l’importance de partir des coûts de revient pour définir les prix agricoles.La Confédération paysanne

Les chambres d’agriculture aussi, saluent « l’ambition portée par le président de la République : les propositions de Rungis avaient – pour la plupart — été portées par les chambres d’agriculture dans les ateliers du chantier 1, en particulier. » Avant de rappeler que les États-généraux de l’alimentation ne sont pas terminés.

« Nous prendrons nos responsabilités et nous contribuerons aux plans des filières, qui ont besoin du développement agricole pour accompagner leur transformation, assure Claude Cochonneau, le président de l’APCA. Ne nous cantonnons cependant pas aux approches de filière. Les exploitations sont multifilières et chaque territoire a ses propres atouts : nous considérons qu’il est indispensable de croiser l’approche de filière avec la multiperformance des exploitations et avec les projets de territoire. »

Un « cap ambitieux »

Pour la Fédération du commerce et de la distribution (FCD), qui regroupe les grandes enseignes de distribution hormis Leclerc et Intermarché, « Emmanuel Macron a tracé un cap ambitieux de transformation. Nous sommes prêts à le relever pour créer plus de valeur et assurer la réussite de l’agriculture et de la filière agroalimentaire ».

La FCD se dit également satisfaite de « la réforme de la contractualisation, le relèvement du seuil de revente à perte et l’encadrement des promotions », souhaitant que « l’ordonnance prévue intervienne le plus vite possible au début de 2018 ».

« Les doutes des dernières heures »

Le patron de Système U, Serge Papin, ne cache pas son soulagement : « Entre ce qu’on nous avait dit, les doutes des dernières heures, je pense que le président de la République a dû prendre en compte tous les enjeux et il a orienté son discours très nettement vers les conclusions proposées par les ateliers 5 (rémunération des agriculteurs), 6 (adaptation de la production agricole aux besoins des marchés) et 7 (amélioration des relations commerciales entre producteurs, transformateurs et distributeurs) ».

Passer d’un prix prédateur à un prix responsable qui vise à réconcilier la filière et non plus à l’opposer.Serge Papin, P.-D.G. de Système U

Serge Papin est confiant, estimant que les négociations annuelles entre la distribution et ses fournisseurs devraient aboutir à un « prix responsable » pour tous. Il souhaite « passer d’un prix prédateur à un prix responsable qui vise à réconcilier la filière et non plus à l’opposer ».

« L’idée de base est de construire le prix des choses à partir de leur valeur », et également de « mettre en place des systèmes qui encouragent le regroupement des producteurs », déclare François Eyraud, directeur général de Danone produits frais France.

« Relever collectivement les défis de l’alimentation de demain »

Même engouement de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania) : « Ces mesures […] permettront d’ouvrir une nouvelle page dans les relations entre les acteurs de la filière en mettant un terme à la guerre des prix au bénéfice de l’ensemble de la filière et pour relever collectivement les défis de l’alimentation de demain. »

Nous regrettons que ces mesures ne soient pas appliquées pour les négociations commerciales qui débuteront à la fin du mois.Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania

Jean-Philippe Girard, le président de l’Ania, déclare : « Ces annonces […] sont le socle d’un sursaut positif pour tous les acteurs de la filière avec une volonté commune inédite de mettre fin à la guerre des prix, même si nous regrettons que ces mesures ne soient pas appliquées pour les négociations commerciales qui débuteront à la fin du mois. Nous faisons confiance au président de la République pour éviter toutes les dérives et mauvaises pratiques qui pourraient survenir durant cette période sensible pour nos entreprises. »