C’est à la vie politique que la présidente de la FNSEA a emprunté le 27 juin 2017 son discours sur la moralisation des négociations commerciales, à l’issue d’une entrevue avec le nouveau ministre de l’Agriculture, Stéphane Travert. Alors que les États-généraux de l’alimentation devraient débuter dans quelques jours, Christiane Lambert a donné le ton : « Dans le box des négociations, il y a des choses pas très morales qui se passent », faisant part de « pratiques condamnables » et de « pressions inacceptables ».

« Il y a les discours des dirigeants d’un côté et la réalité des box des négociations de l’autre côté, a-t-elle poursuivi. Nous savons tout cela. Sauf que certains industriels ne peuvent pas parler, sous peine de mesures de rétorsion et déréférencement. Aujourd’hui, nous devons tout mettre sur la table. Et en septembre, s’il le faut, des éléments de la LME (loi de modernisation de l’économie) devront être modifiés pour envisager les négociations commerciales d’octobre de façon différente. »

Reconnaître le travail de chacun

Les États-généraux de l’alimentation débuteront au début de juillet pour se terminer en novembre. Les discussions porteront sur deux volets : le premier se penchera sur la création et la répartition de la valeur, avec la question du prix payé aux producteurs, et le second, sur les éventuelles nécessaires évolutions de l’agriculture française pour répondre aux besoins de consommation « attendus plus qualitatifs », a précisé Christiane Lambert.

La présidente de la FNSEA a confirmé que le ministre de l’Agriculture piloterait ces États-généraux. Ce qui signifie « qu’il organisera les échanges et toutes les discussions qu’il y aura autour de ces États-généraux ».

« Je n’aime pas le mot arbitrage : “Tu as tort, tu as raison”, a-t-elle ajouté. Objectivement, il s’agit avant tout de trouver des solutions pour reconnaître davantage le travail de chacun : des agriculteurs qui ont beaucoup progressé, des industriels qui sont soumis à des contraintes très fortes en matière de sécurité alimentaire, des distributeurs dont le business a été complètement changé avec l’e-commerce, les circuits courts et les demandes alimentaires différentes, enfin, les demandes des consommateurs qui sont aujourd’hui plus curieux, plus intéressés, qui sont aussi plus sensibilisés au gaspillage alimentaire. »

Dix groupes de travail

Plusieurs ministères seront impliqués dans ces États-généraux : le ministère de l’Économie et des Finances, celui de la Cohésion des territoires, des Affaires étrangères (pour son rôle de valorisation des produits français à l’étranger), de l’Agriculture et de la Transition écologique. Des présidents d’atelier seront désignés, des secrétaires de séance devront par ailleurs rendre compte. La FNSEA a prévenu qu’elle proposerait des intervenants dans chacun des dix groupes de travail qui vont être créés.

Interrogée sur les motivations d’Emmanuel Macron sur le sujet, alors même qu’il a été neuf ans plus tôt le rédacteur du rapport de la commission Attali à l’origine de la LME, Christiane Lambert s’est montrée confiante : « Le contexte a changé. Aujourd’hui, les grands distributeurs disent eux-mêmes qu’il y a trop de destructions de valeur… L’équilibre n’est pas satisfaisant, il faut revoir les choses, moi je fais confiance aux conversions même tardives. »

Rosanne Aries