Pour y remédier, FNSEA et JA ont travaillé à un plan de refinancement des exploitations – « plutôt qu’une aide directe qui n’aurait pas été suffisante » – pour remettre les trésoreries en place et dégager à nouveau du revenu. Le dispositif, validé par le Premier ministre, « paraissait simple au début ». Un seul critère d’éligibilité : justifier comptablement d’au moins 20 % de pertes. D’après Xavier Beulin, c’était une réponse pour 50 à 60 % des agriculteurs.

De 5 000 à 7 000 dossiers déposés

Alors que 5 000 à 7 000 dossiers ont déjà été déposés, « aucun n’a reçu une réponse favorable. Comment un seul organisme (BPI) peut-il traiter tous ces dossiers, une délégation aux banques aurait été plus efficace, estime-t-il. La mise en œuvre du dispositif coince aussi du côté de l’Administration. » L’instruction technique des services du ministère du 27 octobre 2016 ne permet pas de répondre à l’exigence de temps et bloque la mise en œuvre du dispositif ». Découragés, les agriculteurs n’y vont pas.

En demandant à l’agriculteur d’avancer l’argent et de remplir une tonne de paperasse, « l’Administration torpille l’annonce de Valls », dénonce Xavier Beulin. « Qui incarne la politique de la France ? » s’interroge-t-il en cette période de campagne électorale. L’État va encore s’en tirer à bon compte, ne payant rien. Déjà les banques disent aux agriculteurs de payer eux-mêmes la part de garantie (50 %) qu’aurait dû prendre en charge l’État ! », raconte-t-il furieux.

Un courrier au Premier ministre

Le président de la FNSEA a envoyé un courrier au Premier ministre le 7 novembre 2016 où il demande comment la technique peut prendre le dessus sur le politique. « Tout ça ne facilite pas la sérénité » et lui fait craindre un vote contestataire aux prochaines présidentielles. « Les agriculteurs ont besoin d’un interlocuteur. J’ai moi-même beaucoup mouillé la chemise, s’est-il défendu. Les administrations départementales font aussi leur possible. Le problème, c’est l’Administration centrale et l’ASP. »

Dans 15 jours, a-t-il annoncé, des actions seront organisées localement pour dénoncer cet état de fait et réclamer le paiement immédiat et par chèque, puisque l’informatique bloquerait, des aides Pac en souffrance.

Arielle Delest