C’est la tradition : chaque année, la Coordination rurale fait le choix de faire intervenir plusieurs personnes extérieures à son congrès annuel. Pour sa 23e édition qui s’est tenue, à Tours, le 8 décembre 2016, le syndicat n’a pas opté pour la polémique, mais des intervenants venus « remonter le moral ».

Redonner confiance

« Vous avez des personnes dans la salle qui ont dû déposer le bilan, des jeunes, des personnes de 40 ans qui y ont cru, et qui aujourd’hui se retrouvent avec des dettes colossales, explique Bernard Lannes, le président de la Coordination rurale. La France agricole est déprimée. Alors, oui, cela nous semblait important de redonner confiance et un peu de dignité aux agriculteurs. »

Et face aux 500 personnes rassemblées au centre des congrès de Tours, la géographe Sylvie Brunel a fait mouche. Avec pour défense, l’attaque. Car « la profession agricole, a-t-elle soutenu, subit non seulement une crise inédite, mais aussi des coups de partout, chaque fois qu’on ouvre un journal ». Et parmi ses armes : des photos des « détracteurs » sur grand écran, des photos de « tous ceux qui ont oublié le temps de l’orange à Noël, du rationnement du pain, du temps où les agriculteurs étaient reconnus ».

Sylvie Brunel séduit la salle

Parmi ses têtes de turc : d’abord, « les joueurs de flûte. Beaucoup de gens ont pour l’agriculture une vision de « Martine à la ferme ». Comme M. Rabhi qui plaide pour une agriculture en sandale avec des radis sur le balcon ». La journaliste Élise Lucet a eu aussi le droit à son heure de gloire, « un de ses procureurs qui ont une vision erronée de la réalité du monde, de la réalité de la faim ». Et de rappeler que « les Africains eux réclament des « cides ». C’est ainsi qu’ils parlent des fongicides et des pesticides, parce qu’eux, ils en ont marre des ravageurs ». Les vegans et « leur prétendue solidarité avec les affamés » n’ont pas été oubliés.

Seule l’attaque sur le bio, « un nouveau champ pour un certain capitalisme qui actionne l’industrie de la peur » n’a pas fait l’unanimité dans la salle très réceptive et qui a souvent applaudi. « Plusieurs dans la salle sont passés au bio aujourd’hui, lui a rappelé l’un des congressistes ». Mais globalement, la géographe a séduit en mettant en avant la méconnaissance des acteurs précédemment épinglés. « Il faut tenter de leur expliquer, partout, dans vos familles, dans vos villages. Expliquer vos métiers. »

« Et je dis quoi à mon beau-frère qui travaille à la SNCF ? », lui a rétorqué avec humour un agriculteur.

Certains sont restés debout à l’issue de son intervention qui, faute d’idées nouvelles, aura surtout permis aux uns et aux autres de partager un bon moment.

Rosanne Aries