La réponse de Bernard Lannes pourrait presque surprendre. Lâchant un bref instant la régulation des marchés et les prix, fers de lance du syndicat depuis toujours, le président de la Coordination rurale, réélu le 7 décembre 2016, a insisté sur sa nouvelle priorité durant les trois années prochaines : les élections aux chambres, prévues en janvier 2019, « pour justement faire encore davantage entendre nos leitmotivs », a-t-il indiqué en marge du 23e congrès du syndicat organisé le 8 décembre 2016 à Tours.

« Mettre la maison en ordre »

« Dès janvier 2017, nous nous mettrons en ordre de marche. Je vais faire le tour des régions pour mettre la maison en ordre et faire en sorte nous soyons tous prêts pour cette échéance qui est importante pour nous, parce qu’on est compté à ce moment-là. Notre objectif est de rééquilibrer, une bonne fois pour toutes, le paysage syndical. »

Dans cette période de crise, le président entend bien évincer « la vision de Beulin, celle d’une agriculture industrielle qui ne représente pas nos agriculteurs, et surtout pas celle de nos campagnes profondes ». Il faut dire que les dernières élections aux chambres ont rendu le syndicat un peu plus confiant en la matière. « On représente 24 % des agriculteurs. Lors des dernières élections, on a énormément progressé chez les éleveurs. Les céréaliers, eux, n’ont pas bougé. Mais, là avec la crise, on a de nouveaux signaux. On progresse dans certains départements. On est aussi très présents sur les réseaux sociaux. »

Trois chambres et demie

La Coordination rurale est à la tête aujourd’hui de « trois chambres et demie » : le Calvados, le Lot-et-Garonne, la Charente et le Puy-de-Dôme (avec la Confédération paysanne). « On peut aller plus loin. »

Interpellé sur le déficit des chambres d’agriculture de la Vienne et de l’Ardèche, Bernard Lannes a précisé que « les nôtres présentent toutes des budgets positifs ! Mais ça ne nous rend pas moins inquiet des effets de la restructuration opérée par l’assemblée permanente des chambres d’agriculture (APCA). On s’est réuni récemment avec la Confédération paysanne sur le sujet. Nous restons très vigilants. »

Les chambres indispensables ?

« Les chambres doivent se remobiliser sur leur métier, la majorité ne s’est pas adaptée, et a perdu son autonomie et surtout sa proximité avec les agriculteurs. Si les chambres continuent ainsi, elles vont disparaître. » Bernard Lannes a indiqué même n’y avoir jamais fait appel. Les chambres sont-elles indispensables alors ? « Elles le redeviendront si elle retrouve le contact avec les agriculteurs. S’ils subissent un contrôle par exemple, la chambre doit être là. Son rôle est de les accompagner, de les assister. Pas de leur vendre des services en tout genre. »

« La Sarthe, ce n’est pas Paris »

D’ici à janvier 2019, la Coordination rurale prévoit par ailleurs de faire valoir ses positions (« Régulation ! Régulation !… ») auprès des candidats aux présidentielles. « Le syndicat est apolitique. Il ne s’agit pas d’avancer un nom, mais de tous les rencontrer pour les faire venir dans nos fermes. » Le contact est déjà pris avec l’équipe de François Fillon, pas le rendez-vous qui pourrait peut-être se tenir en début d’année. « Son problème est que lorsqu’il a été Premier ministre, il ne nous a jamais reçus… Mais, c’est quand même quelqu’un qui vient du terrain. La Sarthe, ça n’est pas Paris. »

Rosanne Aries