Dans un discours de clôture fleuve au vocabulaire marin (Brest oblige), Christiane Lambert a adressé au futur président de la République et au prochain gouvernement ses orientations alors que l’agriculture essuie de « sacrés grains ». Elle y invite les futurs responsables à « cultiver notre modèle agricole français » fait de « fermes » et non de « firmes », qui n’est pas « un modèle unique » mais où cohabitent « mille modèles » avec « la vente directe qui côtoie l’exportation », où le label, le bio et le conventionnel répondent à différents besoins de consommation. Une pierre dans le jardin de ceux qui « tiennent des discours simplistes » et qui veulent « nous enfermer dans des cases pour mieux nous diviser ».

Un statut de l’agriculteur professionnel

La FNSEA veut un statut de l’agriculteur professionnel alors que certains « imaginent une agriculture d’apporteurs de capitaux, de délégations à des prestataires de services » qui « n’est pas notre modèle. Seul un agriculteur professionnel pourra avoir une autorisation d’exploiter » et « les aides Pac ne pourront pas être attribuées à d’autres que des agriculteurs professionnels ».

Alors que « l’agriculture française décroche » vis-à-vis des autres agricultures mondiales, la FNSEA souhaite que « la compétitivité soit au cœur de l’action du prochain gouvernement » (coûts, charges, prix, création de valeur ajoutée). Un grand plan national d’investissement sur cinq ans est revendiqué « pour moderniser et investir dans l’avenir » constatant que nos outils de production sont vieillissants. À titre d’exemple, « l’âge moyen des poulaillers et des porcheries dépasse 20 ans ». Christiane Lambert demande une majoration du CICE et la mise en place de la TVA sociale.

Alors que sur 100 € de pouvoir d’achat redonné au consommateur, « 70 servent à acheter des produits importés », Christiane Lambert a fustigé « le dogme des prix toujours plus bas » et juge indispensable une réforme de la LME, souvent surnommée loi Michel-Edouard (Leclerc). « Le tout-marché, cela ne marche pas ! », a-t-elle lancé.

Une « exception agricole »

Le syndicat souhaite qu’une exception agricole soit faite dans le domaine du droit de la concurrence afin de sécuriser l’organisation économique des producteurs et les règles de négociation collective. Christiane Lambert demande aussi une vraie réserve de précaution pour faire face à tous les aléas, y compris économiques, un mécanisme de lissage de l’impôt sur le revenu, avec un calcul de résultat pluriannuel, et une adaptation de l’impôt sur les sociétés à l’activité agricole.

Le congrès a longuement débattu hier de l’assurance récolte pour savoir s’il fallait ou non rendre le dispositif obligatoire mais s’est finalement prononcé pour le maintien de son caractère optionnel. Alors que la Commission propose d’abaisser le seuil de déclenchement des pertes à 20 %, la FNSEA voudrait que le prochain gouvernement soutienne cette proposition et « la complète ».

« Sortir de l’idéologie et réduire les normes »

Pour la FNSEA, il faut du pragmatisme pour « sortir de l’idéologie et réduire les normes. Les distorsions et les surtranspositions, plus injustifiables les unes que les autres, doivent cesser ». L’exemple du stockage de l’eau a été pris avec moins de 6 % des surfaces irriguées en France contre 21 % en Italie, « un retard incompréhensible et dangereux », notamment au regard des enjeux climatiques.

C’est aussi, selon Christiane Lambert, le résultat de l’acharnement médiatique, « 85 reportages de télévision à charge contre l’agriculture » ayant été comptabilisés en 2015 et ayant trait aux conditions d’élevage, au bien-être animal, aux phytos, au foncier. « Tout y passe. Il faut arrêter de pondre une norme à chaque fois qu’un reportage sort ! »

Face aux attentes sociétales, légitimes, et aux exigences environnementales, la FNSEA se prononce pour une logique de résultats plutôt que de moyens et de normes. « Il faut faire confiance au professionnalisme des agriculteurs ». Christiane Lambert revendique le droit à l’innovation pour l’agriculture « qui n’est pas que pour les autres [secteurs, NDLR] » et demande qu’un principe d’innovation vienne compléter le principe de précaution.

Philippe Pavard