Sous le ciel pluvieux de Mâcon, le réseau Jeunes Agriculteurs (JA) a élu ce lundi 2 mai 2016 son nouveau président, pour les deux années à venir. C’est Jérémy Decerle, 31 ans, éleveur de bovins dans la Saône-et-Loire et jusque-là vice-président du syndicat en charge du dossier sur l'installation, qui reprend le flambeau de l’Alsacien Thomas Diemer. Une élection saluée par la ribambelle d’anciens leaders de JA venue fêter ce cinquantième congrès national.

Parmi eux, la présence remarquée de Christian Jacob, aujourd’hui tête de file des Républicains à l’Assemblée nationale, ou celle du sénateur Marcel Deneux, qui assura la présidence du Conseil national des jeunes agriculteurs aux grandes heures syndicales, de 1960 à 1964. Ces retrouvailles ont donné l’occasion au syndicat de se glorifier de son riche passé, des intervenants allant jusqu’à saluer « une structure qui forme l’élite agricole, celle qui va encadrer l’agriculture française ».

Remarquée aussi, mais plus tristement, l’absence du ministre l’Agriculture, retenu par le G20 agricole en Chine et quelque peu en froid avec le syndicalisme majoritaire. Stéphane Le Foll a toutefois félicité les jeunes élus du bureau national sur Twitter, se disant « désireux de travailler avec eux pour la défense des jeunes agriculteurs ».

S’atteler à la structuration des filières

Sans s’émouvoir de ce désistement, Jérémy Decerle s’est fendu d’un rapide discours en tribune, évoquant la ligne de conduite qu’il entendait tenir. « Je suis animé par la volonté non seulement de réussir, mais aussi de transmettre et je réfléchis déjà à ce que notre équipe laissera à nos successeurs », a-t-il confié à l’assemblée, avant de rendre le micro.

Plus loquace lors du point de presse qui a suivi, le nouveau président de JA a indiqué que les « fondamentaux » de son mandat tourneraient autour du renouvellement des générations, son dossier fétiche, et de la « mise en place effective de la structuration des filières », objet du rapport d’orientation 2016, voté la veille.

Un réseau alternatif de distribution

« Nous voulons être acteur de cette réorganisation », insiste-t-il, s’inscrivant en cela dans la lignée de ses deux derniers prédécesseurs, François Thabuis et Thomas Diemer. Parmi les pistes de réflexion sur lesquelles ces derniers ont eux-mêmes travaillé : un projet de « réseau alternatif de distribution alimentaire », qui pourrait prendre la forme de plateformes locales de centralisation des produits agricoles, pour alimenter la restauration hors foyer notamment. Et puis pourquoi pas des magasins pour les particuliers, plus tard. Il reste à savoir quand et comment ce projet pourrait voir le jour…

C’est un mal qui semble incurable : malgré la réaffirmation de valeurs syndicales inlassablement martelées (la « fierté du métier », la « solidarité »), JA parvient mal à ôter le flou qui entoure la concrétisation de ces orientations. Il lui faudra pourtant définir un plan de bataille précis avant les prochaines présidentielles de 2017, moment stratégique pour faire passer ses idées aux candidats. Et cela sans être dupe du fossé qui se creuse entre les politiques et le monde agricole. « Les élus ont de plus en plus de mal à se soucier de l’agriculture, reconnaît Jérémy Decerle. À nous de les convaincre. Cela fait partie des défis que nous aurons à relever. »

Alain Cardinaux