Le gouvernement en sait quelque chose, il est difficile de réunir à une même table distributeurs, industriels et producteurs… Saluons en la matière les efforts du « think-tank agroalimentaire » chapeauté par Les Échos, qui rassemble depuis deux ans des acteurs de la filière pour parler de compétitivité. Ses dernières recommandations ont été présentées à Paris, le 28 juin 2016.

Promouvoir l’origine France

Parmi les pistes évoquées pour rendre plus compétitives les filières, il faut retenir l’accord obtenu aux forceps sur des objectifs de transparence et de traçabilité : ouvrir les usines au grand public, fixer des règles d’affichage explicite sur les pays d’origine, assurer « une valeur différenciante » derrière l’estampille française…

Ces orientations traduisent une prise de conscience de la réelle appétence des consommateurs pour le « made in France » et le local. Elles illustrent aussi le chemin qui reste à parcourir pour y répondre pleinement… « Il y a des autoroutes de croissance et de valeur à créer », assure David Garbous, directeur du marketing chez Fleury Michon. Invité à la restitution des travaux, l’ancien ministre Yves Jégo confirme : « Le siècle précédent était celui des marques, le siècle qui s’ouvre est celui de l’origine. »

Détendre les relations commerciales

L’alignement de l’offre à une demande en pleine mutation se trouve confronté à un défi de taille : faire travailler tous les maillons de la chaîne dans une même direction. Ce qui nécessiterait, pour commencer, d’améliorer les relations dans la filière, alors que les négociations commerciales sont plus tendues que jamais et que la situation économique de l’industrie agroalimentaire se détériore.

Comment y parvenir ? Le think-tank balaye large : davantage de médiation, des engagements pluriannuels, une double contractualisation avec les producteurs (prix et les volumes), des contrats de filières intégrant l’ensemble des acteurs, une réforme des interprofessions…

Au niveau de l’exploitation, le rapport vise une adaptation à la volatilité des marchés, phénomène devenu « structurel et non plus conjoncturel ». La Pac devrait ainsi gagner en flexibilité en prévoyant des aides « contracycliques davantage qu’automatiques » et en s’appuyant sur des mécanismes assuranciels, sur le modèle du Farm Bill américain.

Vœux pieux

De l’aveu même d’Olivier Dauvers, directeur du think-tank, les mesures préconisées restent très consensuelles. « Même des gens brillants ont du mal à sortir des positions corporatistes », regrette-t-il. Il faut toutefois reconnaître à cette ribambelle de vœux pieux le mérite d’avoir mis tous les participants d’accord.

Surtout, ils sont le signe qu’un dialogue est possible entre eux, sans l’intervention du gendarme gouvernemental et autour d’un même objectif : la satisfaction d’un consommateur plus exigeant que jamais. Un terreau pour de nouvelles relations ?

Alain Cardinaux